Dragons d'un bayou perdu

À travers le temps et l'espace

Où les choses prennent une tournure inattendue

Toujours coincés dans les ruines englouties d’Istar, les compagnons eurent vite fait le tour de l’ancien palais de justice dans lequel ils étaient enfermés. Les elfes aquatique Marianna et Merianna leur expliquèrent qu’il y avait là de quoi se nourrir et passer le temps et qu’ils feraient bien d’apprécier la chance de mener cette nouvelle vie loin des guerres et des monstres qui peuplent la surface. Bombardées de questions, les elfes maintinrent qu’il n’y avait aucun moyen de quitter les ruines, mais Marianna finit par mentionner du bout des lèvres qu’un groupe d’ «invités» avait déjà trouvé le moyen de partir il y a de cela fort longtemps.

Explorant les halls du palais, Alexias et Cabiyari tombèrent sur le livre de rituels de Meric et se réjouirent d’y voir inscrit un rituel de téléportation. S’il s’avérait possible de trouver un cercle de téléportation ou les coordonnées d’un portail, tout le monde devrait être en mesure de quitter le fond des mers. Pendant que Meric, Cabiyari et Alexias retranscrivaient des rituels, Kelsea, Arkos et Azzit exploraient les moindres racoins du palais de justice. Ne trouvant rien d’intéressant, ils en vinrent éventuellement à plonger sous les eaux pour examiner le reste de la ville engloutie. Arkos repéra un autre bâtiment qui pourrait retenir une poche d’air et se mit à nager dans sa direction suivi par Azzit. Kelsea, qui ne parvenait pas à retenir son souffle pendant les quelques minutes nécessaires à la traversée, s’en retourna dans le palais de justice chercher le reste de ses camarades.

Pendant ce temps, Arkos découvrait, à l’intérieur d’un ancien temple dédié aux dieux du bien, une quinzaine de minotaures. Certains provenaient de l’équipage de Khayr de-Aldin, mais c’est la présence de ses propres parents qui confirmèrent à Arkos que les autres s’étaient retrouvés là après le naufrage auquel il avait lui-même miraculeusement survécu six ans plus tôt.

Profitant d’une incantation de Cabiyari, le reste des compagnons effectua le trajet entre le palais et le temple et rejoint Azzit, qui leur raconta la réunion d’Arkos avec ses parents. Apprenant que l’ancien capitaine d’Arkos forçait des humains à se battre dans une arène improvisée pour l’amusement de ses sujets, le groupe décida de le confronter. À son faciès maquillé à la manière d’un crâne, Kelsea reconnut immédiatement le minotaure comme le Capitaine Skull. Celui-ci disait profiter d’une retraite dans son royaume au fond des eaux, loin du besoin constant et centenaire de piller et d’attaquer les autres navires. Il ne souhaitait rien de moins que d’Ajouter Arkos et ses compagnons à la population de son domaine, mais se doutant bien que les humains en question provenaient de l’équipage d’Arkos, ce dernier décida de provoquer le capitaine en duel. Avant même qu’il n’ait terminé son discours, cependant, le capitaine ordonnait à ses lieutenants de charger dans le tas, ce à quoi les compagnons répondirent de même.

Guerrier redoutable, le Capitaine Skull fut tout de même dépassé par les événements quand il se retrouva seul contre six adversaires, dont un kender qui ne cessait de le bombarder d’insulte et d’injures. Quoi qu’il fasse, Skull pouvait difficilement se concentrer sur plus d’une ou deux menaces à la fois. À la fin, il tomba au sol et fut prestement décapité par Azzit. Anaximène et l’équipage d’Arkos, libérés de leur geôle, Kelsea, déçue de ne pas avoir obtenu plus d’information à propos du trésor légendaire du Capitaine Skull, put tout de même aller fouiller dans le butin du capitaine, récoltant tunique, tiare et pierres précieuses, ravie de réaliser qu’elle portait sur elle pour plusieurs milliers de pièces d’acier en accessoires.

Ayant rameuté tous les habitants de la cité sous-marine et ayant utilisé la magie druidique pour permettre à chacun de respirer l’eau de mer, le grand groupe se rendit jusqu’à la base de la tour de Haute sorcellerie d’Istar. Scellée par magie, la porte fut ouverte par les efforts combinés des compagnons. Une fois à l’intérieur, on réalisa avec déception que l’endroit avait été pillé relativement récemment de toutes ses ressources et richesses. On trouva tout de même une alcôve sertie de runes indiquant un cercle magique dont les murs dépeignaient la vue d’une tour au milieu d’une prospère vile portuaire sur le bord de vastes plaines fertiles. Incapables d’identifier la ville représentée, on se dit que ce serait tout de même mieux que les ruines d’Istar et que, vu le grand port de la cité, on pourrait sans doute y trouver facilement un navire, peut-être même un en direction du mur de glaces, là où se trouvent probablement deux des aberrations célestes.

Le rituel de téléportation fut si bien accompli que le cercle devait facilement rester ouvert suffisamment longtemps pour permettre à chacun de traverser. Cependant, les compagnons et Meric ayant traversé les premiers, ils se retrouvèrent au-dessus du vide dans le cœur en ruines d’une grande ville, sans la moindre trace des humains et minotaures qui attendaient leur tour pour passer. Après une chute douloureuse parmi les débris d’anciens édifices, on entendit retentir des cors de guerre de partout autour de la ville. Azzit prit les airs pour identifier les environs et repéra un groupe de six – deux humains, l’un avec une grosse barbe rousse et l’autre en armure lourde, un couple d’elfes, un vieux nain et un kender – qui fuyaient à toutes jambes vers une partie en meilleur état de la ville. Dans le ciel du côté opposé, une myriade de points rouges grossissaient de plus en plus et la force des auras draconiques commençait à se faire sentir. Se disant que ce le groupe de fuyards hétéroclites savaient ce qu’ils faisaient, les compagnons de Robann prirent leurs jambes à leur cou dans la même direction. En cours de route, ils durent négocier avec des foules d’habitants paniqués se bousculant et se piétinant les uns les autres tandis que des dragons incendiaient gens et maison ou bien croquait un malheureux à l’occasion. Arkos se positionna pour aider la dame elfe à se relever et dégagea un chemin pour l’autre groupe, qui se rua à toute vitesse vers un bâtiment indiqué comme étant l’Auberge du dragon rouge.

Alors que les compagnons de Robann se demandaient s’il valait mieux suivre les autres dans l’auberge au nom malencontreux, un dragon rouge chevauché d’un mage en robes grises descendit au-dessus de la rue et commença à cracher ses flammes en leur direction. Le mage, quant à lui, conjurait vague après vague de goudron qui étouffait, restreignait et, bien sûr, rendait le souffle du dragon encore plus dangereux. Les héros se dispersèrent autant que possible pour empêcher que le dragon ne les brûle tous d’un seul coup et concentrèrent leur tir sur le mage. Celui-ci fut vaincu en moins d’une minute et le dragon, enragé par la perte de son cavalier, vint se poser au sol pour échanger les souffles de feu par ses griffes et ses dents.

Pendant ce temps, d’autres dragons, rouges et bleus, survolaient la scène. L’écaille bleue d’Alexias commença à lui faire mal, comme lorsqu’il se trouvait en présence du dragon Corail. Un autre rouge de passage en profita pour mettre le feu à l’Auberge du dragon rouge avent de s’en aller. Il ne fallut que quelques secondes pour que l’étage du bâtiment ne s’écrase et s’effondre sur le rez-de-chaussée. Meric, qui s’était réfugié dans l’embrasure de la porte d’entrée pour se protéger des attaques des dragons, se retrouva instantanément coincé sous une énorme poutre, en réel danger de mort. Alors que ses compagnons s’occupaient du dragon, Azzit se déplaça vers le kender. Usant de toutes ses forces pour déplacer le madrier, le draconien réussit à sauver in extremis la vie de Meric. Quant au dragon, il se rendit vite compte qu’il risquait de laisser sa peau dans le combat. Il tenta de s’enfuir, mais dut s’y reprendre à trois fois avant de profiter d’une ouverture suffisante pour s’envoler hors de la zone.

Entretemps, l’auberge acheva de s’effondrer et les cris de panique des gens à l’intérieur s’arrêtèrent net. Fouillant les décombres rapidement pour tenter de trouver des survivants, les compagnons ne découvrirent que six corps inanimés : le kender, le nain, l’elfe mâle et l’homme en armure aperçus précédemment, mais aussi un homme barbu en robes blanches et une elfe blonde différente de celle secourue plus tôt. Nulle part n’y avait-il de traces de l’homme à la barbe rousse et de l’elfe aux cheveux noirs. Alexias fut bouleversé de voir que l’elfe blonde ressemblait comme deux gouttes d’eau à Laurana Kanan, la reine mère de Qualinesti ayant donné sa vie pour pourfendre le dragon vert Beryl à Qualinost. Sa formation d’historien lui fit remarquer qu’un assaut par des dragons rouges et bleus à la fois rappelait étrangement ‘époque de la Guerre de la lance et il commença à se demander si le portail ne les avait pas envoyés quelque 80 ans dans le passé. Et si l’elfe était réellement Laurana Kanan, les autre dépouilles pourraient-elles être celles d’autres héros de la Guerre de la lance comme Tasslehoff Burrfoot ou Flint Fireforge? Les implications d’un telle éventualité étaient presque trop lourdes pour être contemplées.

Regardant de plus près, on vit que les infortunés étaient vêtus d’un assortiment dépareillé d’équipement de fortune et d’article extraordinaire dotés d’une aura de magie presque visible. Pour éviter que de tels objets ne tombent entre les mains des dragons maléfiques ou de leurs alliés, les compagnons commencèrent à ramasser et à s’attribuer les objets de valeur. Une amulette au cou de l’homme en robes blanches vit le symbole gravé en son centre disparaître et laisser place à l’image d’un arbre quand Cabiyari le ramassa. Un autre objet était un joyau étoilé, relique elfique sensée relier magiquement deux êtres amoureux l’un de l’autre. Meric, quant à lui, fouilla dans le sac du kender mort pour en ressortir une paire de lunettes dorées. Un tissage et une ceinture elfiques, un couteau minuscule et un casque orné de crin de cheval furent aussi récupérés, de même que l’épée Tranche-dragon, une très ancienne lame elfique, forgée originellement pour Kith Kanan, le fondateur de Qualinesti.

Pendant qu’on se demandait ensuite quoi faire des corps (devait-on les emmener hors de la ville ou bien essayer de les ramener à la vie?), un groupe de vingt draconiens s’avança pour encercler la place à l’avant de l’auberge. Composé principalement de baaz, le groupe comptait également deux sivaks et un aurak, tous vêtus d’un tabard décoré d’une tête de dragon rouge. Azzit tenta de faire valoir son titre de capitaine pour demander aux nouveaux venus du lui rendre des compte, mais sans succès. Le plus gros des deux sivaks, qui portait son tabard à l’envers et qu’Azzit reconnu comme étant Slith, le général en chef des armées de Teyr, dit à ses hommes qu’ils avaient trouvé le groupe dont la tête était mise à prix. Soupesant une lourde bourse, il leur ordonna de passer à l’attaque, ignorant les questions et les invectives d’Azzit.

Kelsea, toujours vêtue de la tunique et de la tiare trouvées dans les ruines d’Istar, allait porter main forte à ses compagnons quand un soldat en armure d’écailles bleues et portant un casque la poignarda dans le dos. Kelsea ne se laissa pas abattre et rendit la pareille à son agresseur mystérieux, si bien que Slith dut laisser le combat principal à ses hommes pour aller s’occuper de Kelsea lui aussi. Assomée par Slith, Kelsea entendit l’homme (ou la femme) en armure lui dire : « Je ne suis pas un simple bandit. Je veux que tu saches pourquoi… » Sa phrase fut coupée court et remplacée par la plus incroyable enfilade de jurons jamais entendue quand, d’une ruelle, surgirent trois hommes en armure portant la moustache distinctive des chevaliers de Solamnie et chargeant les quelques draconiens restant. Le soldat masqué pris le temps d’avertir Kelsea : « Je n’ai pas le temps de te tuer aujourd’hui, mais on se reverra, toi et moi. » Sur ces paroles et avec l’aide de Slith, l’assassin escalada la façade d’un bâtiment toujours intact puis s’enfuit par les toits.

Le premier chevalier arrivé, qui portait une simple armure de cuir, se présenta comme étant Brian Donner et s’inquiéta de savoir si qui que ce soit, particulièrement Kelsea, avait été blessé, mais celui qui était clairement son supérieur, un certain Derek Crownguard, lui ordonna de garder ses questions pour plus tard. Soulagé d’avoir « retrouvé » Meric en vie, il tout le monde en révélant que les lunettes dorées avaient le pouvoir de déchiffrer n’importe quel texte et que lui et ses associés avaient donc besoin du kender pour lire une carte indiquant l’emplacement d’un Orbe draconique quelque part sur le Mur de glace. Le troisième chevalier, Aran Tallbow, se contentait de se remettre de ses émotions en buvant compulsivement d’une flasque d’alcool et en en offrant aux gens autour de lui. Le reste des compagnons ayant eu l’intention de se rendre au Mur de glace de toute façon, accepta de suivre le trio de chevalier, quoi que, si l’intuition d’Alexias était fondée, les aberrations cosmiques ne s’y trouveraient pas avent plusieurs dizaines d’années.

Derek Crownguard offrit ses sympathie pour la mort des compagnons coincés sous les débris de l’auberge mais urgea au groupe de fuir rapidement la ville qui grouillait encore de gobelins et de draconiens venus piller ce qu’ils pouvaient. Curieusement, il se tourna vers Azzit et dit : « Tes compagnons elfes et minotaures peuvent faire ce qu’ils veulent, mais toi, tu viens avec nous ou tu ne sera jamais chevalier. » Le groupe élargi quitta ensuite la ville sous la pluie sans être attaqué jusqu’au camp des solamniques dans les collines environnantes. Ceux qui prirent les premiers tours de garde purent voir le gigantesque incendie s’éteindre et mourir, tout comme la ville de Tarsis.

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Borris

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