Dragons d'un bayou perdu

Cessez-le-feu

Où on gagne une guerre avant même qu'elle ne débute

Alors que nombre de cavaliers solamniques courraient à leur perte en tentent de d’empêcher le rejeton d’Ulban de s’échapper, les compagnons de Robann restaient à l’écart pendant que Leona Truly et quelques autres prêtres de Kiri-Jolith, Habakkuk et Shinare imploraient les dieux de panser leurs blessures. Après cinq longues minutes qui parurent durer une éternité, la Haute clériste les laissa enfin charger le monstre qui les narguait depuis tant d’années.

Rapidement, la créature avait réussi à s’entourer d’une montagne de chevaux et de cavaliers morts. Si certains montraient des marques de brûlure ou de tentacule, la plupart étaient tombés sous les coups d’épée de leurs camarades hypnotisés.

Voyant les cinq compagnons arriver à la charge, Ulban utilisa une bonne partie de ses pouvoirs pour donner vie aux éléments autour de lui, éveillant un énorme élémentaire de flammes et un autre de boue, et pour créer un monstre grotesque, digne des pires cauchemars, à partir de la carcasse encore chaude d’un cavalier et de sa monture.

Ulban tenta une fois de plus de s’enfuir, mais fut immobilisé avant qu’il n’ait pu faire plus que quelques pas. Il se trouva par contre particulièrement difficile à toucher dû à sa capacité de dominer ceux qui s’approchaient de lui. Sa création cauchemardesque avait elle aussi l’habilité de contrôler les esprits. Pour compliquer les choses, la pierre magique d’Azzit commença à remuer au beau milieu du combat, libérant quelques instants plus tard Shuluth, la liche dévoreuse de cerveau. Comme si ce n’était pas déjà assez, elle était elle aussi en mesure de posséder les gens.

Ulban prenait un malin plaisir à voir ses adversaires s’attaquer les uns les autres, bien qu’Azzit réussisse à les ramener à la réalité presqu’au même rythme. Pendant un bref instant où il était parvenu à faire de Kelsea sa marionnette, Ulban envoya l’assassine planter sa dague dans la gorge d’Azzit. Le draconien s’effondra dans une mare de sang, à l’article de la mort. Cabiyari prit une pause de combat le temps d’aller sauver son allié pendant qu’Arkos et Alexias alternaient entre des attaques puissantes portées contre Shuluth et Ulban et d’autres coups donnés l’un contre l’autre. Le légionnaire d’Acier trancha finalement l’aberration céleste d’un coup de lame elfique pendant que Shuluth tentait d’extirper le cerveau du minotaure de sa boîte crânienne. Avant même que ses alliés n’arrivent à la rescousse, Arkos avait réussi à se déprendre et à fracasser le crâne de la liche qui, selon les dires des dieux, ne réintégrerait plus jamais sa phylactère.

Même coupé en deux, le rejeton d’Ulban continuait à se tortiller et à murmurer. Malgré les circonstances, son ton de voix résonnait d’espoir. Depuis des mois, Ulban travaillait de concert avec les manifestations de Caiphon et Nihal. En ayant retenu les compagnons en Nordmaar pendant les premiers jours suivant la nuit de l’œil, il s’était assuré qu’ils ne soient pas ailleurs. En se faisant bannir vers les cieux, il redistribuait sa puissance aux deux aberrations restantes. Et quoi qu’Il arrive, Allabar le ramènerait sans problème sur Krynn dans un an et demi.

Malgré les inquiétudes soulevées par les dernières paroles d’Ulban, une menace plus pressante pesait sur Teyr. Si la force de cavalerie et d’infanterie venant du nord avait été stoppée par ordre de l’empereur solamnique, au moins trois autres armées se dirigeaient vers Teyr et sa capitale avec pour objectif de frapper dans les prochaines heures. Recevant des ordres de cessez-le-feu de la main même de l’empereur Jaymes Markham, les compagnons de Robann partirent aussitôt pour les distribuer.

Grâce à un cercle magique conjuré par Alexias, ses amis Azzit, Arkos et Cabiyari s’en allèrent directement à Teyr. En l’absence du gouverneur Kang et du général Slith, le trio alla donner les nouvelles à Granak Rouge-Argent, ministre de l’information. Ce dernier avait déjà mobilisé la quasi-totalité des soldats de la ville pour se préparer à résister à une attaque imminente.

Pendant ce temps, Alexias et Kelsea, sur le dos de Pégase, se rendaient dans les Monts Astivar pour aller à la rencontre de la volée de dragons de bronze et d’argent menés par le chevalier de la rose Willelm uth Wyatt. Heureusement pour Teyr, Wyatt était déjà réticent à obéir aux ordres de l’empereur. Un ordre authentique et deux témoignages crédibles suffirent à le convaincre de rester percher en attente de l’éventuel déclenchement des hostilités. Si aucun combat n’était initié par d’autres groupes, les forces de Wilhelm n’attaqueraient pas.

Après avoir terminé sa tournée des installations défensives de la capitale, Azzit s’en alla à l’extérieur des murs pour rejoindre Cabiyari et Arkos aux abords du Grand Marais. Ces deux derniers avaient commencé à piéger le terrain pour ralentir les centaines de guerriers de Nordmaar qui s’en venaient dans l’espoir d’arriver en renfort à la cavalerie solamnique. Plus encore que les chevaliers, les barbares de Nordmaar vouaient une forte haine envers les draconiens datant de l’époque de la Guerre de la Lance. Néanmoins, les pièges et obstacles avaient déjà affaibli les guerriers et, lorsqu’Azzit les mit au défi de venir se battre en combat singulier avec lui, personne n’osa s’avancer. Face à l’inévitable défaite qui les attendait, les deux cents barbares choisirent de faire demi-tour pour couper de nouveau à travers le marais de Mohrlex.

De leur côté, Alexias et Kelsea avaient bifurqué vers Robann et la baie du Miremier pour intercepter la marine de Solamnie en route vers la petite ville portuaire. Après le temps consacré à l’escale dans les montagnes à l’ouest, le port de Robann aurait déjà dû être pilonné par les canons de Solamnie. Quelque chose avait cependant dû les retarder car les mats des navires ne furent repérés que des dizaines de kilomètres plus lors vers le large. Arrivé plus près, le duo put voir que les voiles de plusieurs des vaisseaux étaient en train de fumer ou littéralement en feu.

De plus près encore, en avancement furtivement dans la mangrove, Kelsea put voir trois créatures rouge feu, soit Bazagra et ses acolytes, lancer une boule de feu après l’autre sur les gréements des navires. La moitié des marins étaient occupés à éteindre les incendies au fur et à mesure. Les soldats et chevaliers à bord tentaient tant bien que mal d’atteindre les génies à coup de flèches et de carreaux. Aidée de la magie arcane d’Alexias, la voleuse se faufila à bord pour empirer la situation en mettant littéralement le feu aux poudres, endommageant un à une les navires de la flotte.

Alors que les soldats cherchaient désespérément à comprendre ce qui se passait, l’un deux tira, peut-être par chance, une flèche directement dans la gorge d’un des alliés de Bazagra qui passait près de lui. La carcasse du génie tomba et le pont et se dissipa dans un épais nuage de fumée noire, laissant derrière elle une gemme rouge brillante. La ramassant rapidement, un marin avide souhaita à voix haute que la même chose arrive aux deux autres génies. La gemme se désintégra entre ses doigts mais, miraculeusement, des flèches vinrent abattre Bazagra et son dernier allié. Ce dernier tomba sur le même pont, alors que le chef du trio plongea dans l’eau de la baie.

Ramassée par un chevalier futé, la deuxième gemme lui permit de voir se réaliser son souhait que les navires se réparent par magie. Paniqué de voir les vaisseaux de guerre se remettre en route vers Robann, Alexias enfourcha Pégase et fonça vers l’endroit où le corps de Bazagra avait plongé sous les flots. Plongeant dans les vagues et nageant jusqu’au fond, il ramassa la gemme et remonta à la surface pour y souhaiter que tous les navires coulent au fond du Miremier. Dans les minutes qui suivirent, toutes les coques commencèrent à prendre l’eau. Les soldats et les marins durent abandonner leurs embarcations et se rendre sur la berge, où ils furent accueillis par une Kelsea bienveillante qui les redirigea bien volontiers vers le village gnome de Picketville.

Après s’être retrouvés à Teyr pour célébrer la fin d’une guerre qui n’avait jamais vraiment commencé, les cinq compagnons firent route vers Robann pour revoir leur famille et leurs amis. En vue de la petite ville, tous purent constater avec soulagement qu’elle avait été complètement épargnée par les événements des derniers jours. Une fois à l’intérieur, cependant, les compagnons se rendirent vite compte que quelque chose clochait. Tous les proches des compagnons avaient pour une raison ou une autre quitté la ville. Si l’explication pour chaque absence était crédible, le fait qu’une vingtaine d’amis ou de parents des cinq personnes venant de stopper une guerre entre Teyr et la Solamnie était plus que louche.

Questionnant tout le monde en ville et utilisant la magie d’Alexias pour contacter quelques-uns des disparus, n’eurent que des explications logiques. Le Nécrophore et le Mistral étaient restés coincés au large à cause d’une tempête. Yucuna avait repris la route vers le Qwalmish avec ses deux enfants. Tomas et Jenn étaient partis faire leur rapport à la Tour de Haute Sorcellerie. Et ainsi de suite. Les compagnons y voyaient toutefois l’œuvre des aberrations célestes et il ne s’écoulerait certainement pas longtemps avant qu’ils n’aillent investiguer la situation.

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Borris

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