Dragons d'un bayou perdu

Mutations, évolution et survie du plus apte

Ou l'on combat des gobelins, des aberrations de terre, et chacun des chaînons manquants

Descendant prudemment le long du chemin déformé de la route d’Haekel, le groupe de compagnons serpenta jusqu’au village gobelin de Gorshak, le premier indiqué sur la carte de la région. Le hameau était composé d’une dizaines de huttes de pierres et de bois juchées au sommet d’une pente abrupte surplombant la route. Utilisant la magie de Cabiyari, les membres du groupe tentèrent de se fondre parmi les plantes et les rochers, mais ils furent tout de même repérés et on sonna immédiatement l’alarme. En rapiéçant les bribes de cris de paniques, Cabiyari se rendit compte que les gobelins étaient réellement terrorisés par l’arrivée d’intrus. Leur plus grande préoccupation semblait être de déterminer si la menace venait de l’est ou de l’ouest, deux possibilités qui semblaient terrifier les gobelins autant l’une que l’autre. Malgré l’apparence de confusion, un groupe de hobgobelins en armure sauta du haut de la paroi et, se laissant glisser contre la pente, se trouva à encercler les six compagnons. Un peu plus loin, une poignée de gobelins armés d’arc sortirent d’étroite fissure où avaient été installée des échelles à peine assez large pour laisser passer un gobelin ou un kender.

Chacun des attaquants semblait quelque peu difforme d’une manière ou d’une autre, et le groupe était mené par un hobgobelin bossu particulièrement musclé. Il se montra d’abord soulagé de voir un groupe de races disparates arriver de l’ouest, pensant que la tribu d’hobgobelins bloquant la route avait enfin été vaincue, mais son enthousiasme retomba aussi vite quand il compris que les voyageurs n’avaient fait que se faufiler discrètement à travers leur forteresse. Voyant tout de même qu’ils n’étaient pas de mèche avec les hobgobelins qui bloquaient la sortie de la nouvelle vallée ni avec les mutants vivant plus loin à l’est, le bossu considéra tout de même les nouveaux venus comme de potentiels alliés. Selon ses propres dires, les gobelins restés à l’extérieur du cratère étaient nombreux mais faibles. Ceux vivant tout au fond avaient été déformés au point de devenir des monstres. Par contre, le destin ou bien les dieux avaient fait en sorte que le village de Gorshak soit situé juste au point d’équilibre idéal. Si les enfants et les vieillards avaient été envoyés plus haut dans la montagne, les guerriers et les autres adultes restés sur place étaient devenus plus puissants. Si l’étrange brouillard pouvait transformer un gobelin à ce point, qui sait que qu’il pourrait advenir d’un humain, d’un minotaure ou d’un draconien? Sûrement quelque chose de suffisamment fort pour attaquer la forteresse de hobgobelins plus à l’ouest. Le bossu n’était pas prêt à se passer de ses nouveaux alliés, quitte à les enfermer jusqu’à ce que les mutations leur fasse entendre raison s’il le fallait.

Ne désirant clairement pas finir comme ces tristes créatures, les six compagnons sortirent leurs armes et s’apprêtaient à faire payer cher les gobelins qui tentaient de les faire prisonniers. Fidèles à leur affirmation comme quoi le brouillard les avaient rendu plus forts, les gobelins manifestaient d’étranges pouvoirs psychiques empêchant leurs ennemis de porter attention aux adversaires éloignés d’eux, ou encore les forçant à s’attaquer les uns les autres. Malgré ces habiletés surprenante, la troupe de gobelins n’arriva pas à assommer un seul des visiteurs et il s’écrasèrent les uns après les autres, laissant échapper des nuages de poussière semblables à un condensé du brouillard ambiant. Tant qu’à avoir vaincu les gardes, le groupe d’aventuriers décida d’aller inspecter le village en haut de la paroi. Dans les huttes, une vingtaine de gobelins morts, encore plus difformes et le corps souvent couvert de tumeurs, avaient été disposés là où ils auraient été pour effectuer leurs occupation normale – un cadavre vêtu d’un tablier à côté de sa forge, un autre en armure lourde semblant monter la garde – comme si les quelques survivants avaient voulu se convaincre qu’ils étaient encore vivants. Quittant cet endroit morbide, les compagnons reprirent la route pour s’avancer encore plus creux dans le mystérieux cratère.

À force d’avancer, la couche de brouillard devenait de plus en plus épaisse, au point où le Soleil n’était plus qu’une pâle tache floue au-dessus du groupe d’aventurier, plongeant le fond de la vallée dans la pénombre, et il ne tarderait pas à ce qu’il disparaisse complètement en plongeant derrière la paroi du cratère. La deuxième colonie de gobelins était heureusement fort éloignée de la route, ce qui n’empêcha pas le groupe d’avoir à affronter ceux que les gobelins de Gorshak avaient décris comme des monstres. Alors que la route devenait de plus en plus difficile à suivre tant elle se couvrait de crevasses et de piliers inexplicable, le chemin passa à vue d’une petite habitation de brique aux murs couverts de meurtrières. Kelsea et Merric, partis en éclaireurs, arrivèrent facilement à crocheter la serrure de la lourde porte d’entrée. L’unique pièce à l’intérieur ressemblait à l’atelier d’un mage ou d’un inventeur que quelqu’un aurait complètement saccager. Les fouilles furent interrompues par le retour des occupants de la cabane : des créatures grotesques, à la peau flasque et violacée, ressemblant à peine aux êtres qu’elles avaient dû être auparavant. Ces monstres ne semblait parler que par télépathie dans un charabia incompréhensible. Cela eut peu d’importance car, contrairement aux gobelins rencontrés précédemment, ceux-ci n’avaient aucune intention de parlementer et attaquèrent immédiatement à l’aide de leurs pouvoirs psychiques. Le combat fut particulièrement long en raison de la capacité des aberrations à se téléporter dans le brouillard, mais les compagnons en sortirent encore victorieux.

Une fouille plus approfondie de la cabane révéla qu’il s’agissait bien de la demeure d’un sorcier résidant à l’écart du village le plus près. Ses notes, une fois ramassées et bien ordonnées parlaient d’abord de ses découvertes alchimiques pour ensuite traiter des événements ayant transformé la route d’Haekel quelques mois auparavant. Un corps extrêmement dense et lourd se serait posé au milieu de la route, faisant lentement enfoncer sous son poids la région de montagnes aux alentours, suivi par l’émanation d’un brouillard apparemment venu d’un autre monde, que le sorcier comparait à la brume grise remplissant l’espace entre les mondes. Au fils des pages, le texte perdait de plus en plus sa cohérence tandis que la calligraphie devenait de plus en plus illisible. Les dernières pages retrouvées racontaient que la montagne elle-même voulait attaquer les visiteurs. Tout indiquait que le sorcier ait peu à peu perdu la raison à cause du brouillard et qu’il ait fini par saccager lui-même sa demeure.

Continuant leur périple toujours plus profondément et avec la seule lumière d’une torche, les compagnons arrivèrent à un point où, en plus des formation rocheuses étranges, des geysers crachaient une épaisse fumée toxique. Alors que le groupe tentait de se frayer un chemin entre les volutes, des rochers et des cristaux animés par la puissante énergie magique ambiante se dressèrent sous la forme d’élémentaires de terre prêts à écraser les nouveaux venus. Ces créatures se trouvèrent à être plus dangereuses que tous les gobelins rencontrés jusqu’à présent, mais l’attaque des êtres de terre et de pierre fut quand même mise en échec. Cependant, si les périls continuaient à être de plus en plus grands à mesure que l’on s’approchait de l’épicentre, le groupe d’aventuriers, maintenant tous blessés et épuisés, ne serait peut être pas en mesure de venir à bout du prochain. Il fut suggéré de faire demi tour et de sortir de la zone couverte de brouillard avant de monter le camp pour la nuit, mais refaire le chemin en sens inverse prendrait des heures et des heures, sans compter le risque d’être repéré par une patrouille de hobgobelins pendant la nuit, alors que les gobelins voient mieux dans le noir que n’importe lequel des compagnons. De plus, comme il avait fallu la majeure partie de la journée pour atteindre cette profondeur, repartir de l’extérieur du cratère le lendemain ne permettrait pas de se rendre beaucoup plus loin. Or, il semblait bien qu’il faille se rendre jusqu’au centre du cratère pour trouver la source des événements étranges des derniers mois, et il n’existait pas d’autre route permettant de se rendre à Teyr à moins de redescendre jusqu’aux plaines d’Estwilde. Le groupe fit donc quand même demi-tour, malgré les protestation de l’amulette elfique d’Azzit, et s’arrêta devant la cabane du sorcier. Si les lieux n’enlevaient pas besoin d’effectuer des tours de garde, les portes de fer et les solides murs de briques percés de meurtrières devraient permettre de défendre facilement l’endroit. Il ne restait qu’à espérer que quelques heures passées dans le brouillard violacé ne suffiraient pas pour commencer à en ressentir les effets.

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