Dragons d'un bayou perdu

Mutations extrêmes

Où on visite le royaume des animaux

Quelques semaines après avoir vaincu les serpents de Nihal et libéré les gens que l’aberration avait pris en otage, les aventuriers de Robann étaient toujours sans nouvelles de l’émissaire de Caiphon. Celui-ci était la dernière des six aberrations célestes tombées sur Krynn trois ans auparavant et le fait qu’il soit responsable de la transformation en monstres de plusieurs amis de Kelsea et d’Arkos, ainsi que des parents de ce dernier, donnait une raison supplémentaire aux compagnons de vouloir s’en débarrasser.

Il restait encore un peu plus d’un an avant qu’Allabar ne puisse ramener à la vie tous les monstres stellaires éliminés jusqu’à maintenant. Le plan idéal restait toujours de détruire Allabar d’ici là ou du moins de le mettre hors d’état d’agir, mais la menace de Caiphon se faisait beaucoup plus pressante.

Sans la moindre piste malgré plusieurs semaines de recherche et de réflexion, le groupe décida de se tourner vers la seule personne connue comme ayant directement rencontré l’émissaire de Caiphon, soit le demi-diable Menelechtaros. Il avait été vu pour la dernière fois dans les ruines du Château du Mur de glace, où il se servait de ses pouvoirs diaboliques et des enseignements reçus de Caiphon pour augmenter la force, la taille et l’intelligence de loups antarctiques Ses loups menaçant sérieusement la sécurité des barbares du peuple des glaces et le cambion manifestant un inquiétant désir de conquête, on l’avait alors convaincu de quitter la région pour s’installer dans un endroit encore plus isolé.

Une divination effectuée à partir du val caché des dieux quelques mois plus tôt avait révélé que Menelechtaros avait recommencé le même manège dans un marais, cette fois avec des reptiles géants plutôt qu’avec des loups. La piste était mince et, même si Cabiyari était parvenu à limiter les régions potentielles au sud d’Estwilde et au marais de l’ancien seigneur draconique Onysablet, la zone restante faisait encore plus du double d’une nation moyenne. Une rituel réalisé par Alexias confirma que le cambion était toujours en vie et quelque part sur Krynn, mais Menelechtaros avait fait savoir clairement qu’il n’était pas disposé à être dérangé ou à rencontrer qui que ce soit pour le moment.

Alexias fit donc jouer ses contacts au sein des chevaliers de la Légion d’Acier et Azzit fit la même chose auprès des services de renseignement de Teyr. Des rumeurs de lézards énormes capables de cracher le feu dans l’est du marais d’Onysablet permirent de circonscrire davantage la zone de recherche. Pour pousser plus loin, il fut décidé que le groupe se rende directement à Mem-Ban, ancienne ville commerciale sur la route entre Silvanesti et les Plaines de poussière et aujourd’hui une base d’opération de la Légion d’Acier dans le sud-est d’Ansalon.

Avant de partir, Azzit fit cependant un détour jusqu’à la Tour de Haute sorcellerie où il rencontra Dalamar le sombre pour lui demander s’il n’y aurait pas un moyen de reconnaître les aberrations cachées sous d’autres apparences. Le mage noir lui donna un cristal qui, fixé à une arme permet de détecter la présence d’aberrations dans les environs immédiats. Après examen par Alexias, on se rendit compte que le cristal permettait aussi à Dalamar de suivre à la trace celui qui s’en servait, mais on jugea que le besoin de retrouver Caiphon était trop grand pour se passer de l’outil à cause de cela.

Une fois à Mem-Ban, le groupe fit route vers le nord en tentant de trouver de signes de faune modifiée par la magie de Menelechtaros. Arkos guidait le groupe à travers les dangers naturels de l’endroit tandis que Kelsea utilisait sa carte enchantée pour identifier les ruines et les villages où le cambion pourrait s’être réfugié. Finalement, c’est près du Fleuve Thon-Talas qu’on trouva les premiers indices tangibles.

Les pentes des montagnes où le fleuve prenait naissance étaient recouvertes d’une épaisse couche de neige. Bien qu’on soit l’hiver et relativement près du pôle, une telle quantité semblait plutôt anormale. La confirmation que quelque chose de louche se tramait vint quand Arkos découvrit des traces de pas semblables à celles de reptiles géants, mais profondes comme si la bête qui les avait faites était deux fois plus lourde que la normale et que ses pieds avaient été suffisamment chauds pour avoir fait fondre la neige.

Ces traces permirent ainsi au groupe de remonter jusqu’à une ancienne ruine dont l’entrée était gardée par une meute de loups polaires comme on n’en retrouve que dans la région du Mur de glace. Plus gros que la normale, les membres de la meute semblaient toutefois particulièrement mal nourris, tous sauf le couple d’alphas étant maigres au point de montrer les côtes. Plus étonnamment encore, les loups semblaient discuter entre eux dans une langue qui leur était propre. Grâce à la gemme qu’il avait ramené du plan astral, Azzit était toutefois capable de les comprendre et de leur répondre. Après quelques menaces, les loups semblaient prêts à laisser passer le groupe d’intrus, mais le chef de meute les voyait clairement davantage comme une source de nourriture. Il tenta même de négocier avec Azzit pour qu’on laisse Jolt en pâture aux loups.

Obéissant à leur chef, les autres loups passèrent à l’attaque. Déjà affaiblis et réticents à se battre, ils tombèrent cependant assez facilement. Seul l’alpha se montra vraiment coriace, l’aura de froid intense qui l’entourait blessant sans cesse ceux qui l’entouraient et allant même jusqu’à geler Azzit sur place le temps de quelques secondes. Le loup monstrueux tomba quand même lui aussi sous les armes des compagnons, laissant le champ libre vers l’intérieur des ruines.

Si les pentes à l’extérieur étaient recouvertes d’une épaisse couche de neige, les ruines dans la montagne étaient caractérisées par une chaleur étouffante. Au lieu de loups, on y trouva une multitude de lézards et autres reptiles qui se prélassaient sur les pierres chaudes. Comme pour les loups, ces bêtes avaient un regard suggérant une forte intelligence et murmuraient entre eux des phrases dont Azzit comprenait parfois un mot ou deux.

Frayant leur chemin à travers les reptiles, les compagnons arrivèrent bientôt à une fortification en ruines au fond de laquelle ils virent le cambion Menelechtaros. Il était entouré de trois reptiles comme on en avait déjà vu dans le Grand Marais de Mohrlex, mais ceux-ci étaient nettement plus gros et plus bâtis.

Apparemment dérangé dans ses occupations, le cambion demanda aux aventuriers de quitter les lieux, promettant de les contacter dans un futur proche. Plus tendu que la dernière fois, il insinua à plusieurs reprises qu’il était près à demander à ses sujets de passer à l’attaque. La situation s’envenima encore davantage quand Kelsea l’informa accidentellement que le chef de la meute de loups polaires avait péri sous leurs armes.

Arkos ne remarqua pas de traces physiques d’une possession par une quelconque aberration et Cabiyari ne décela pas non plus d’indices d’un contrôle mental. Azzit réussit éventuellement à s’approcher suffisamment près pour conclure que la pierre donnée par Dalamar ne réagissait pas en la présence de Menelechtaros ou de ses créatures. Une conversation tendue indiqua que les seuls ennemis actuels de la faction de Menelechtaros étaient les ogres du sud de Blöde, mais qu’il était prêt à combattre quiconque viendrait s’attaquer à lui, ce qui n’était qu’à moitié rassurant.

On put quand même obtenir ce qu’on était venus chercher : des informations au sujet de l’émissaire de Caiphon. Quand Menelechtaros l’avait rencontré au Château du Mur de glace, il avait l’apparence d’un vieil humain en robes de laine gris foncé s’appuyant sur un bâton plaqué or. Cela ressemblait étrangement à la description de l’homme vu volant vers l’ouest sur une wiverne alors qu’on avait tenté de faire une divination sur Mohrlex à partir du val des dieux. Il avait été revu dans une autre divination en compagnie de Thaddeus, le marchand de composantes arcanes de Zaradene, puis vraisemblablement rencontré dans les sous-sols de l’ancienne demeure de Christina par Anaximène.

Le groupe de compagnons s’apprêtait à quitter les ruines dans les montagnes quand un essaim de créatures aux allures d’insectes géants plongea droit sur eux. Leur chitine était dure comme une armure d’acier et leurs pattes antérieures tranchantes comme des lames. Usant de toute la stratégie dont ils disposaient, les compagnons redirigèrent les attaques des aberrations contre elles-mêmes et sortirent du combat sans trop de blessures graves. Un examen rapide confirma qu’il s’agissait là d’humanoïdes modifiés par une puissante magie, probablement celle de Caiphon. Il était cependant impossible de savoir qui de Menelechtaros ou des compagnons devait être la cible de l’assaut. Même le fait d’avoir gardé un assassin en vie n’aurait sans doute pas fait de différence puisque les créatures semblaient dépourvues de bouches et d’oreilles.

Dans les semaines suivantes, on se rendit donc au Château du Mur de glace. Tout y était identique à ce qu’on y avait vu la dernière fois, deux ans plus tôt, à l’exception de la fontaine de guérison sacrée d’Habbakuk, qui était maintenant à sec. Une autre visite, dans la ville de Zaradene cette fois, permit de retrouver une seconde fontaine semblable, elle aussi complètement à sec. Les compagnons ne connaissaient qu’une seule autre fontaine de guérison bénie par Habbakuk, celle-là se trouvant dans le grand amphithéâtre de Mohrlextlan, château-fort du grand seigneur dragon noir. On songea à aller investiguer de ce côté aussi, mais des rumeurs voulant que Mohrlex soit revenu chez lui après un long voyage firent en sorte qu’on mit ce projet en veilleuse.

Tout pointait donc dans la direction de Mohrlex et on se mit à craindre fortement qu’Il ne soit possédé par Caiphon. Des aberrations venues du ciel avaient déjà tenté de faire de même, sans succès, avant que les six grand monstres ne soient envoyés sur Krynn. Cependant, selon les calculs d’Anaximène, en tant que seule aberration restante sur la planète, la puissance de Caiphon devrait s’en trouver redoublée, faisant de lui essentiellement l’égal de l’avatar d’un dieu.

Avant d’aller confronter le dragon le plus puissant restant sur Krynn, il allait falloir élaborer un plan et mobiliser les alliés et les ressources dont on disposait. Le temps était peut-être compté, mais on ne pouvait pas se permettre de passer à l’étape suivante sans une préparation presque sans faille.

Comments

Borris

I'm sorry, but we no longer support this web browser. Please upgrade your browser or install Chrome or Firefox to enjoy the full functionality of this site.