Dragons d'un bayou perdu

À l'assaut du désert du Nord

Après une journée de voyage en mer, le Mistral jeta l’ancre au large des badlands qui dominent le paysage au nord de Nighlund et de Solamnia, dans une petite anse où paroi rocheuse semblait relativement facile à escalader. Accessoirement, selon les cartes de Tasslehoff, l’endroit était à seulement une trentaine de kilomètres de la “Cité des noms perdus”, l’histoire de quatre ou cinq heures de marche, tout au plus, en montée et sous un soleil de plomb, rien de moins. Le gouverneur Kang aurait bien voulu malgré cela se joindre au groupe d’éclaireurs, mais il n’y avait pas vraiment de raison pour que lui qui n’avait pas pris les armes depuis des années risque sa vie avant même de savoir s’il y avait des draconiens avec qui parlementer.

L’abordage de la falaise relativement peu abrupte se serait faite sans heurts si un piton rocheux adjacent n’avait été l’emplacement du nid d’un trio de harpies. Pendant que les éclaireurs se débrouillaient avec les premiers escarpements et les nids de scorpions qui s’y trouvaient, les harpie les harcelaient de leurs voix à la fois enchanteresses et agressantes. Une fois le terrain maîtrisé, deux des harpies se firent descendre et la dernière ne put faire autrement que de battre en retraite.

Passées les premières centaines de mètres se trouvait un sentier naturel menant jusqu’à ce que la carte magique retracée la veille indiquait à son extrémité Sud comme étant le repère de Cyanure. La créature en question se trouva être un jeune dragon bleu qui, ayant établi résidence dans une ancienne tour de garde, dominait complètement le col de montagne allant de la mer aux ruines de la cité. À moins de lui laisser un tribu égal à la moitié de leurs possessions, Cyanure ne les laisserait pas passer indemnes. Or, comme un détour exigerait, d’une part part, un délai de plusieurs heures accompagné d’escalade difficile et d’un nécessaire campement à la belle étoile, et que la bête, d’autre part, n’était selon Alexias qu’un jeune dragon d’à peine une trentaine d’années, soit environ de la force du dragon noir qu’on avait terrassé avant de quitter Kalaman.

L’assaut fut donné et tout au départ semblait aller en faveur du dragon. Du haut de sa tour, il se trouvait protégé de tous ceux ayant l’habitude de se battre en corps à corps, tout en profitant d’une légère protection contre ceux voulant lui tirer dessus. De plus, la tentative de s’éloigner les uns des autres pour éviter de donner des cibles alléchantes à son souffle d’électricité s’avéra vaine quand l’arc électrique pouvait facilement sauter d’une créature à une autre même éloignée de plus de dix mètres. Mais c’est quand Cyanure descendit au sol pour utiliser le plein effet de son aura de terreur, mais Meris et Cabiyari résistèrent à l’assaut et, comme dans le cas du jeune dragon noir, clouèrent Cyanure par terre suffisamment longtemps pour qu’il se retrouve encerclé par le reste du groupe, et le reste pour lui fut une rapide mais douloureuse descente aux enfers.

Pour célébrer, les compagnons s’infiltrèrent jusqu’au dernier étage de la tour de garde, là où Cyanure gardait son butin, aussi modeste soit-il. Comme bien des dragons, Cyanure semblait avoir une prédilection pour un type de trésor en particulier: dans ce cas-ci les objets d’origine elfique. Contrairement à la majorité des dragons, cependant, Cyanure ne semblait pas les entreposer pour les admirer ou pour se rouler dessus, mais apparemment pour prendre plaisir à les détruire. Dans la tour se trouvaient de nombreuses pièces de sculptures ou de poteries réduites en miettes, un ensemble de gants, de bottes et d’une cape presque identiques à ceux ayant appartenu à Gilthanas que Meric avait essayé de retracer. Par contre, le tout était si lacéré de coups de griffes que seules les bottes gardaient encore une trace de magie. En fouillant l’étage, il fut possible de ramasser une ceinture de cuir magique , une lourde couronne de bronze avec lapis-lazulis, 60 pièces d’acier et 300 pièces d’argent (toutes frappées de Silvanesti ou Qualinesti). Mais la pièce centrale était une amulette avec une aura magique si intense qu’il était impossible d’entrer dans la tour sans la ressentir. D’apparence, elle ressemblait quelque peu à l’emblème de la Légion d’Acier mais sertie de saphirs et d’émeraudes. Pour ceux ayant une bonne connaissance de l’histoire ou de la magie arcane, en particulier en ce qui a trait à la culture elfique, l’objet ressemblait à s’y méprendre à un Starjewel, un artéfact elfique mineur fabriqué par paire et permettant de créer un lieu magique entre deux personnes unies par une amour vrai. Sauf que, pour autant que vous puissiez dire, un Starjewel est toujours décoré de diamants et de rubis. Quoiqu’il en soit, à en juger par la quantité de traces de griffes et de brûlure dans un rayon de plusieurs mètres autour de l’amulette, Cyanure a bien tenté de la détruire, mais sans parvenir à y faire ne serait-ce qu’une égratignure.

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Quoiqu'il arrive, ne séparez jamais le groupe

Pendant que leurs camarades étaient partis en expédition de camping dans les collines, Meric et Tasslehoff parcouraient la ville de Kalaman à la recherche d’autres objets elfiques que le héros Gilthanas aurait laissé derrière lui lors de son départ précipite il y a 25 ans de cela. De fil en aiguille, les deux kenders ont suivi les indices jusqu’à un antiquaire qui jurait avoir vendu de tels gants le jour de l’arrivée du Mistral à Kalaman à un humain vêtu d’une cape rouge avec capuchon et, selon les dires du marchant, à l’air très nerveux et au front ruisselant de fièvre. Peut-être un mage, mais pas de l’avis de l’antiquaire. Et pour peu que ce dernier se souvienne, le client aurait eu l’intention de se diriger vers la communauté isolée de Ohme, au bout des marais au nord-est de Kalaman.

Les jours passant, le reste du groupe redescendit des collines à l’est de Kalaman et put faire son rapport tant auprès du gouverneur Kang ainsi que de Brin Corwell, le commandant de la cellule locale de la Légion d’Acier. Pour autant que les aventuriers puissent en juger, les étranges mutations causées par les infiltrations d’eau corrompues dans le sous-sol devrait être chose du passé. Profitant de cet effet, Agrivos en profita pour convaincre le commandant Corwell d’user de toutes ses ressources pour arranger une rencontre entre Kang et le gouverneur de Kalaman, Ramnulf Genton.

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La même journée, alors qu’ils passaient sur le Mistral, Kelsea, Arkos et Agrivos se firent interpeler par Jenn et Tomas. Après concertation, tous deux s’étaient rendus à la décision de terminer ce pour quoi ils avaient quitté Robann en premier lieu; c’est à dire se rendre à la Tour de Haute sorcellerie pour tenter d’y passer le Test, d’autant plus que l’escale imprévue à Kalaman ne les avait menés qu’à trois jours de marche de l’une des tours. Cependant, dans leur état, particulièrement celui de Tomas, La capitaine Laschaar ayant vraisemblablement besoin d’encore une semaine de convalescence avant de pouvoir reprendre les commandes de son navire, Tomas demanda à Kelsea et Arkos s’ils ne pourraient pas leur servir d’escorte. Le Test s’avérant létal chez une fraction non négligeable de ceux qui tentent de le passer, Jenn insista pour qu’Alexias ne soit pas mis au courant, de crainte qu’il ne l’empêche de faire le voyage. Informé de leurs plans, Agrivos insista pour les accompagner, espérant profiter de l’occasion pour établir un quelconque lien entre Teyr et les Ordres de Haute-Sorcellerie.

À la fin de la troisième journée de voyage, le petit groupe s’arrêta en vue de la forêt dans laquelle Tomas et Jenn disaient se trouver la Tour de Haute-Sorcellerie, et décida de monter le camp pour la nuit. Malheureusement, la colline où le campement fut dressé se trouvait également à proximité du Fort Dargaard, longtemps le domaine de Sire Soth, le chevalier mort-vivant. Même après la mort de ce dernier, des hordes de morts-vivants rôdaient de nuit dans les plaines de Nightlund à la recherche de victimes dont la force vitale leur permettrais de perpétuer leur existence un peu plus longtemps. C’est ce qui arriva cette nuit-là lorsque cinq goules attaquèrent le campement, attirés par la lueur du feu de camp. Le combat fut acharné et tant Arkos qu’Agrivos furent envoyés au sol. Si le premier put se relever grâce à une potion administrée par Kelsea, Agrivos se releva de lui même, plus vif et ardent que jamais, des flammes ruisselant des coins de sa gueules et mêlées au sang s’écoulant des plaies laissées part les goules. Alors qu’il s’affairait à découper la goule qui l’avait abattu à grands coups de griffes et de crocs, son corps devenait incandescents, émettant une lueur rougeâtre d’abord par les failles entre ses écailles puis de son corps tout entier. Le tout se termina par une spectaculaire déflagration, assourdissant et projetant au sol tous ceux qui avaient eu la sage idée de fuir le centre de la colline. Quand la poussière retomba, Kelsea eut la mauvaise surprise de se retrouver étendue sur le dos à la merci des griffes de la dernière des goules. Mais avant qu’elle ne put frapper, un rayon de froid frappa la terre sous ses pattes, la faisant tomber à la renverse juste assez longtemps pour que Kelsea lui enfonce sa dague dans la gorge, De l’autre côté d’un cratère profond de deux mètres et large de vingt, Tomas pointait son bâton en direction de la goule, le bras droit tenu à deux mains par ceux de Jenn. D’Agrivos et de son équipement, il ne restait plus rien. La seule trace se trouvait sur la carte magique où, environ à mi-chemin entre le Fort Dargaard et la Tour de Haute-Sorcellerie, était indiqueé une structure du nom de Cratère d’Agrivos.

La forêt entourant la Tour semblait elle aussi peuplée de fantômes et de morts-vivants. Constamment, on entendait leurs cris, et on pouvait à l’occasion voir passer une figure spectrale du coin de l’oeil. Chaque pas vers l’avant demandait qu’on se ressaisissen et qu’on reprenne son courage à deux mains. Et rien n’arrivait à enlever l’impression qu’il aurait fallu d’un faux pas hors du sentier, ou bien que les seigneurs des lieux ne nous considèrent plus comme les bienvenus pour que l’on soit jeté en pâture à toutes ses âmes troublées. Sans être aussi terrifiante, la Tour elle-même n’en était pas moins inquiétante. Seule une dizaine d’humains et d’elfes y logeaint, tous des mages, sana le moindre servant ou domestique. Et pourtant nulle trace de poussière ni besoin de cuisiner, et certains recoins de l’immeuble semblaient inconnus de tous ses résidents. Plus étrange encore, le chef de la communauté, un dénommé Dalamar, était un elfe fier et imposant, mais portant les robes noires des forces du mal. Kelsea confondit son prénom avec celui du mage Fistandantilus et, amusé par la réminescence que l’illustre mage noir avait eu lui aussi autrefois un garde du corps minotaure, offrit à Arkos le bouclier d’Herzog. Après quelque heures de repos, Kelsea et Arkos furent renvoyés sur la route sans pouvoir attendre de connaître le résultat des Tests de Jenn et Tomas, et ce apparemment à la demande de ce dernier.

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Pendant ce temps, loin de prendre des vacances, les héros restés à Kalaman s’étaient vus confier une mission. Avec les orages qui balayaient la région s’estompant finalement, l’équipage du Mistral put voir plus clairement le dragon qui semblait suivre le navire depuis le Cap de Nordmaar et qui juchait depuis quelques jours sur un rocher en aval dans la Baie de Kalaman. À la lumière du Soleil, il s’avéra être un dragon noir, probablement celui-là même qui avait dû battre en retraite après son attaque manquée sur le Mistral pendant le départ précipité de Robann. Si c’était bien le cas, il attendait vraisemblablement que le navire retourne vers la mer afin de prendre sa revanche.

Attendre que les autorités de Kalaman ne s’occupent du problème pourrait s’avérer particulièrement long. La milice de Kalaman ne disposait pas des ressources nécessaires pour faire face à des menaces maritimes, et il pourrait s’écouler des semaines avant que la marine marchante d’Ergoth, avec qui le gouverneur de Kalaman avait parfois fait affaire pour ce genre de problème, n’envoie un navire de guerre dans les environ. Redoutant un tel délai, le gouverneur Kang demanda au lieutenant Azzit-Khaz et à Alexias, lui qui avait eu la chance d’observer der dragons plus que quiconque, de mener une expédition conjointe pour se débarrasser de la bête. À la mention d’une héroïque chasse au dragon, Meric se joint à l’équipe avec grand enthousiasme, d’autant plus que lui aussi avait un compte à régler avec le dragon noir, et que la marche vers l’est le menait dans la direction des gants magiques convoités de toutes façons.

Encore une fois, quelqu’un d’autre avec le même objectif en tête semblait avoir devancé le groupe. Cette fois, par contre, il semblait qu’il allait être possible de travailler ensemble plutôt que l’un contre l’autre. Un barbare de la tribu des Lor-Tai attendait à l’affut à une centaine de mètres du rocher où se serait installé le dragon. Plus sociable que la plupart de ses congénères, Cabiyari avait appris la langue commune et put exposer sa situation. Il avait été chargé par le chef de son village de traquer le dragon qui avait été vu volant au-dessus de la région. Or, une fois la piste remontée, Cabiyari s’était rendu compte que le dragon était nettement plus gros que ce qui avait été estimé. Cabiyari attendait là depuis plus d’une heure, hésitant entre affronter le monstre seul et peut-être se sacrifier en vain ou bien retourner au village chercher des renforts au risque de perdre la piste. L’arrivée d’étrangers ayant le même but que lui mit fin au dilemne.

Azzit-Khas, Alexiax, Meric et Cabiyari foncèrent donc ensemble vers le perchoir du dragon. Dans les premiers instants, il les tint à l’écart avec son puissant souffle d’acide, se moquant de ses adversaires en leur rappelant le simple fait qu’aucun mortel, fut-il humain, kender ou draconien, ne pouvait rivaliser avec la force, l’endurance ou l’intelligence d’un dragon adulte. Et advenant qu’il parvienne pour une seconde fois à le blesser, il n’aurait qu’à s’envoler au-dessus de la baie pour devenir inatteignable. Et si d’aventures des attaquants sérieux étaient venus par les eaux, il aurait été tout aussi facile de reculer dans le couvert des arbres. C’est environ à ce point que le fier dragon se fit rappeler que, si un dragon est plus fort que n’importe quelle personne prise individuellement, les humanoïdes, eux, travaillent en groupe. Ainsi, les gardes du corps de Kang, la maître d’armes Samm Vardan et la moitié des marins du Mistral, tous armés d’arcs ou d’arbalètes, avaient profité de la marée descendante pour se laisser glisser silencieusement dans des barques jusqu’au large du rocher du dragon. Des deux menaces, le dragon choisit la moins nombreuse et s’éloigna de la baie pour foncer sur les quatre intrus. Cabiyari montra le grand contrôle de la nature et de ses éléments en retenant le dragon contre le sol tandis que les trois autres en venaient à bout petit à petit.

La mort du dragon n’apporta cependant qu’un soulagement de courte durée. Son son ventre, les écailles plus tendres avaient pris une texture gonflée et caoutchouteuse, et en étaient devenues presque entièrement transparentes. Derrière, au lieu d’intestins normalement constitués, grouillait un amas de boyaux dotés d’yeux et de langues, et qui semblaient apparaître et disparaître, passant les uns à travers les autres. Pas de trace d’un homme en cape rouge, mais il y avait entre autres, dans une cache d’objets que le dragon avait commencé à ramasser, la paire de gants elfiques que Meric avait tenté de retracer. Cabiyari expliqua alors qu’il tentait lui aussi de découvrir la source d’étranges manifestations qui affligeaient les marais de Qwalmish depuis le début de l’été. Ayant enfin trouvé des gens en sachant plus sur ce fléau que tous les anciens de son village, Cabiyari s’engagea à les accompagner dans leur mission auprès des anciennes troupes de Khelendros, en échange de quoi ils viendraient par la suite avec lui chercher ce qui se passe sur le Chemin d’Haekel entre Estwilde et Teyr.

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Et pendant tout ce temps, le constructeur de bateaux Carvahlo pourrissait dans la cale du plus beau navire qu’il ait lui même conçu, retenu prisonnier par la plus belle femme qu’il ait jamais aimé, tout ça pour une vieille histoire de plans qu’il avait presque réussi à oublier et, pour couronner le tout, sans qu’on lui donne ne serait-ce qu’une goutte d’alcool. C’est à se demander quels dieux il avait offensés pour subir une tel sort. Si seulement il pouvait se retrouver dans son lit et se rendre compte que tout cela n’était qu’un mauvais rêve…

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Partie de camping, partie de plaisir

Armés de leur attirail d’aventurier et d’une carte enchantée subtilisée dans le magasin du cartographe Mer-Kane, cinq des compagnons ayant accompagné le gouverneur Kang dans son voyage entre Robann et Kalaman à bord du Mistral se mirent en marche vers les collines abruptes situées à l’est de la cité, en fait les contreforts des monts Astivar délimitant plus loin la frontière occidentale de Teyr. Tout ça dans le but de trouver la source de la contamination ayant causé les inquiétantes mutations dans le repaire d’un groupe de bandit, et que les pluies diluviennes menaçaient de faire déborder dans l’ensemble du réseau d’aqueduc de la ville. Cette même pluie rendant le terrain glissant, les torrents plus violents et la visibilité pratiquement nulle, la route était loin d’une simple promenade, mais avec la carte magique, quelques exploits d’athlétisme et un bon sens de la géographie, en particulier celui d’Arkos,

La pluie continuant de s’intensifier, le groupe dut s’arrêter pour une halte, trouvant refuge dans une caverne à l’arrière d’une cascade. À la surprise de tout le monde, un autre groupe s’y abritait déjà: trois chasseurs – la carrure des plus grands laissant supposer qu’ils aient tous deux du sang ogre – accompagnés non pas d’une meute de chien, mais plutôt de rats géants. Bien que peu bavards, celui qui semblait être le chef – le plus petit du groupe, portant un étrange médaillon marqué de deux yeux rouges au centre d’un capuchon coiffé d’une couronne – en raconta assez pour dévoiler que les trois chasseurs étaient eux aussi à la recherche de la source des mutations. Dans leur cas, cependant, ce n’était pas pour l’arrêter, mais plutôt pour en prendre possession. Au terme d’un débat animé, il apparut que les objectifs des deux groupes étaient totalement irréconciliables. C’est sans doute pourquoi, dès que la vigilance des aventuriers de Robann eut un peu baissé, les chasseurs sortirent leurs armes et sautèrent sur leurs vis-à-vis. Après une lutte acharnée, les chasseurs et leur vermine payèrent cet attentat de leur vie.

Après un moment de repos et une relative accalmie de la météo, le groupe reprit sa marche vers la source de l’eau corrompue. Cela les mena à une mare d’eau trouble gardée par deux cristaux chargés d’énergie arcane ainsi que d’inquiétants têtards insubstantiels aux gueules garnies de crocs. Ces gardiens éliminés, il sembla que la contamination provenait du cadavre dans la mare d’une créature mi-homme mi-crapaud, à la taille et la posture rappelant un ours grizzli. À moitié décomposé, son flanc ouvert montrait une cavité sans le moindre organe mais rempli d’oeufs transparents prêts à relâcher davantage de ces têtards monstrueux. Sortant la carcasse pour la brûler et coupant la mare de ses affluents pour isoler la corruption, le volume fut nettoyé jusqu’à ce qu’aucune contamination ne puisse être détectée. Au terme d’une autre longue pause à l’abri des intempéries, l’orage cessa enfin. Cela permit au groupe de voir, au moment d’entreprendre le chemin du retour avant la tombée du jour, une forte lueur rouge violacée dans les nuages s’élevant des monts Astivars dominant l’horizon à l’est; une teinte comme celle produite par la combustion massive due à un feu de forêt, ou à une guerre. Espérant que cette fumée provenait bel et bien des Astivars et non de Teyr de l’autre côté, les cinq voyageurs retournèrent vers Kalaman, où ils se trouveraient à être félicités par le gouverneur Kang et par la Légion d’Acier.

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Escale forcée à Kalaman

Raconter que le voyage du gouverneur Kang et de son entourage pour quitter Teyr à bord du Mistral de la capitaine Laschar n’avait pas été de tout repos relèverait de la plus pure litote. En moins d’une journée de voyage, le navire avait été attaqué par trois fois. Avant même d’avoir quitté la baie du Miremeir, l’équipage tomba dans l’embuscade d’une bande de maraudeurs ogres, attaque qui laissa la capitaine entre la vie et la mort. Quelques heures plus tard, ce fut le tour d’une escarmouche avec un galère minotaure, normalement presque un accident de routine pour le Mistral, mais une sévère malchance étant donné les circonstances. Peu après la tombée de la nuit, ce fut au tour d’un jeune dragon noir de tenter de dérober la cargaison du bateau et de se faire une petite collation au passage. Et pour couronner le tout, les falaises au pied desquelles le Mistral avait jeté l’ancre pour la nuit étaient encore hantés par les soldats morts durant l’été du chaos un demi-siècle plus tôt, une erreur qui causa la mort du deux des marins.

Avec tous ces événements s’enchaînant les uns après autres, beaucoup des membres d’équipage cherchèrent des responsables à blâmer pour tous leurs malheurs. Pour certains, c’était à cause des draconiens: créatures artificielles produit de la magie noire. D’autres renvoyaient la faute sur les deux apprentis mages logés dans la cale, ou encore sur la maladie horrible qu’ils avaient attrapée – ce qui revenait essentiellement au même. Quant à la procédure à adopter, beaucoup des marins étaient déjà décidés à débarquer la source de leur malheur au premier quai venu, alors que d’autres suggéraient plutôt de les jeter par-dessus bord sur le champs. Mais la discussion prit un autre tournure auand les cris finirent inévitablement par réveiller ceux qui se remettaient encore de leurs combats de la veille, ceux-là même qui s’étaient vus chargés par le général de Teyr d’assurer la sécurité du gouverneur Kang, plusieurs d’entre eux étant aussi de bons amis des deux magiciens Jenn et Tomas. Les marins révoltés se sont vite fait montrer que les nouveaux passagers à bord faisaient déjà plus que leur part sur le bateau et que si ce n’étaient pas eux qui avaient attiré le malheur sur le voyage, c’était en revanche grâce à leur aide que l’équipage ne s’était pas trouvé décimé par un dragon noir ou une horde de fantômes.

Les querelles internes réglées, l’équipage entier s’entendit, étant donné l’état critique de la capitaine Laschar, de mettre le cap sur la ville non hostile la plus près où l’on pourrait trouver un temple pour obtenir les services de guérison d’un prêtre. Selon les cartes et portulans trouvé dans la cabine de la capitaine, l’endroit du genre le plus près était la cité portuaire de Kalaman. Malgré l’insistance de la capitaine au moment du départ comme quoi il était hors de question de conduire le Mistral à Kalaman, le fait que sa vie ne tenait plus qu’à un fil a vite convaincu son équipage qu’il valait mieux transgresser ces ordres.

Arrivés à Kalaman à la tombée de la nuit et sous la pluie, à la suite d’un voyage heureusement sans encombres, ceux qui débarquèrent pour visiter la ville purent se rendre compte de sa sécurité presque inexistante après la tombée du jour : pickpockets, arnaqueurs, voleurs de chaloupes et, au dire des habitants de la ville, bon nombre de cultes mystérieux et autres réseaux de crime organisé. Partis à l’origine à la recherche du temple de Mishakal, c’est finalement Nicholas Viklaus, second prêtre du grand temple de Kiri-Jolith de Kalaman, qui accompagna les compagnons de Robann sur le Mistral. Avec son don de guérison, il s’affaira à soigner les blessures de Jenn et de la capitaine. Cette dernière devrait se remettre de ses blessures après quelque jours de convalescence. Quant à Jenn, si sa condition physique ne posait plus d’inquiétude, Viklaus pouvait bien sentir un malaise psychique pour lequel il ne pouvait à priori rien faire.

En allant reconduire le prêtre à son temple, le groupe de compagnons se heurta à un vieux marin à moitié ivre qui implorait l’aide de ceux qu’il croyait être des mercenaires. Se présentant comme monsieur Carvalho, il pointait le Mistral au loin, affirmant que c’était son navire, sa Constance, qu’on lui avait volé des années auparavant et que la fortune lui donnait enfin la chance de récupérer. Son histoire se tenant trop bien pour être une simple invention ou coïncidence, le groupe décida qu’il valait mieux le suivre, pas tant pour l’aider que pour s’assurer qu’il ne leur causerait pas de problèmes. Au détour d’une ruelle, le groupe fut pris en embuscade par une poignée de bandits accompagnée par une créature identique à une des sortes de cochonneries responsables du chaos emportant les terres autour de Teyr. Les bandits eurent vite regretté de s’en être pris à ce groupe-ci de guerriers, mais dans la confusion du combat, il semble que quelqu’un – ou quelque chose – ait subtiliser deux bandits laissés inconscient, de même que monsieur Carvahlo. Déterminés à le retrouvé, les compagnons de Robann passèrent le restant de la nuit à tenter de retrouver sa trace. Ce n’est qu’aux petites heures du matin que le groupe fut dirigé vers ce qui semblait être le repère d’un de ses nombreux cultes secrets qui surgissaient dans la ville depuis peu. Une écoute furtive à une des portes révéla une conversation à propos d’une source dont l’eau avait la propriété de rendre plus fort, plus puissant, mais un des interlocuteurs semblait préoccupé par le danger potentiel, notant que deux personnes étaient vraisemblablement mortes à cause de l’eau de la source, sans compter Mike qui en ayant bu trop et trop rapidement était apparemment plus homard qu’humain.

La porte principale défoncée par Arkos et Azzit-Khaz, le spectacle qui se dévoila tenait à la fois du cirque et du cauchemar. Le grand hall était plein à craquer de brutes ou autres bandits. Humains pour la plupart, un grand nombre d’entre eux avaient pris des caractéristiques d’animaux ou d’autre races humanoïdes, leur conférant griffes, cornes, fourrure, ou quelque autre trait. Au fond de la pièce se trouvait une large fontaine dont l’eau semblait avoir été remplacée à moitié par de l’encre noire, ou encore pas de l’ombre qui aurait eu la même fluidité. Cachée derrière elle se trouvait une kender au regard cruel et dont la silhouette ondulait beaucoup plus que ce qui serait normal pour un corps ferme solide.

La surprise se changea rapidement en bataille générale, au grand dam du groupe de bandits, qui y laissèrent presque tous la vie. Une fouille de la place révéla un grand nombre de petits butins de quelques pièces d’acier chacune, mais aussi une cage dans laquelle étaient enfermés Carvahl et un des bandits disparus dans la ruelle plus tôt. Un escalier descendait à une petite cave renfermant une immense réservoir d’eau dans laquelle apparaissaient et disparaissaient de minces filets d’ombre, avec des jauges indiquant qu’il ne faudrait pas beaucoup plus de pression pour que les vannes cèdent et que toute cette eau contaminée ne de retrouve dans les aqueducs de Kalaman. C’est aussi en examinant le réservoir qu’en surgit une créature monstrueuse, ressemblant à une homard géant à l’apparence humaine beaucoup plus que l’inverse. Réduit à l’Intelligence d’une bête, celui qu’on appelait autrefois Mike fut rapidement mis en pièces.

Le lendemain, une rencontre fut organisée entre le gouverneur Kang et le chapitre de la Légion d’Acier, rencontre dont les premiers échanges s’annonçaient fort prometteurs pour la situation de Teyr. Mais si d’un autre côté les légionnaires se montraient concernés par une possible contamination magique des eaux de la ville, il n’avaient apparemment ni les moyens ni les effectifs pour s’attaquer à ce problème dans le court terme. Pour l’équipage et les passagers du Mistral (ou est-ce la Constance?), les moyens manquaient aussi cruellement. Il ne faisait pas de doute que la fontaine tirait sa source dans l’est, vers les montagnes Astivars, là où Tomas et Jenn auraient été attaqués par les créatures du chaos, mais remonter jusqu’à la bonne source risquerait de prendre des jours sinon des semaines. Cependant, la boutique de cartographie Mer-Kane avait en exhibition une carte enchantée avec la propriété de pouvoir se recentrer sur la position de l’utilisateur tout en identifiant les éléments importants ou intéressants des alentours. Le prix d’un tel objet étant malheureusement au-dessus des moyens du groupe, on se tourna vers l’option de “l’emprunter” de façon à ce que la carte soit de retour avant même que le propriétaire ne se rende compte qu’on l’avait déplacée. Le kender étant introuvable pour une fois qu’on aurait eu besoin de lui, c’est Kelsea qui dut se de pour subtiliser l’objet pendant qu’Agrivos et Azzit-Khaz détournaient l’attention vers l’avant de la boutique. Avec la carte en main, il ne restait plus qu’à gravir les collines vers l’est jusqu’à être certains de se trouver à quelques kilomètres tout au plus de la source puis de marquer l’emplacement sur la carte.

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La mer était calme. Pas le voyage.

L’avant-dernière session s’était terminée après que le Mistral de Martine Laschaar s’était retrouvé arrêté par un épais lit d’algues et de plantes aquatiques camouflant une multitude de crochets d’acier maintenus à fleur d’eau et reliés à des ancres au fond de la baie. Simple mais efficace, le piège a maintenu le navire en place jusqu’à l’arrivée d’un groupe d’ogres dans des canots de guerre, hissant une bannière portant l’image d’un oeil transpercé de haut en bas par une flèche, mais surtout transportant une baliste du calibre d’un engin de siège. Sous les ordres du capitaine, tout l’équipage du Mistral de même que quelques-uns de ses passagers réussirent à déprendre le bateau et à le ramener à sa vitesse de croisière, malheureusement pas avant que les ogres n’aient eu le temps de charger et tirer trois projectiles. Un rata complètement sa cible, un perça la coque du bateau juste au-dessus de la ligne de flottaison, mais l’autre fracassa la rambarde avant de frapper le capitaine Laschaar au flanc, perforant peau, muscle et intestin comme une flèche traverse autant de feuilles de papier.

Après avoir quitté le col où les ogres avaient tendu leur embuscade, puis être sortis complètement de la baie du Miremier, on arrêta le vaisseau pour faire une réparation sommaire des dégâts causés par les ogres pendant que, dans la cabine du capitaine, on s’attaquait plutôt à la question essentielle de déterminer sa prochaine destination. En longeant la côte vers le sud, à travers la Mer d’Istar, rien parmi les ogres de Kern et des plaines plus au sud, les villes portuaires de Flotsam et des environs ou les terres ravagées de La Désolation ne donnait espoir de répondre aux besoins de Teyr, de même pour les montagnes presque inhabitées de l’île de Karthay. Pour le reste des îles de la Mer d’Istar, les marins, pirates et pêcheurs de Saifhum n’avaient ni pouvoir fort centralisé, ni force militaire, et si l’empire des minotaures aurait pu être un allié potentiel, ses récentes visées expansionnistes et les relations toujours tendues entre minotaures et draconiens en faisait un pari trop risqué pour Teyr. Il fut donc décidé de mettre le cap au nord pour contourner le Cap de Nordmaar afin de redescendre le long du flan ouest de la nation tropicale. Si le capitaine Laschaar, dans un état critique mais tenant absolument à avoir son mot à dire sur la destination de son navire, s’oposait catégoriquement à ce que le Mistral s’approche du port de Kalaman, il restait possible de jeter l’ancre à quelques heures de marche. De plus, la péninsule désertique au nord-ouest de Kalaman abriterait encore plusieurs centaines de draconiens et autres créatures, sans chef depuis la mort du seigneur draconique Khellendros.

La discussion fut interrompue quand la vigie se mit à crier pour avertir de l’approche d’une galère minotaure. Dans son état actuel, le Mistral ne pourrait pas les distancer bien longtemps. Il valait donc mieux se mettre en position défensive et se préparer à recevoir l’autre navire, et puis s’assurer de placer Kang et Laschaar en sécurité. La galère était celle du pirate Khayr de-Aldin, avec qui l’équipage du Mistral avait déjà eu plusieurs accrochages. Voyant le Mistral lourdement chargé, passablement endommagé et surtout sans son capitaine sue le pont, de-Aldin se figurait avoir la chance de se faire quelques trésors sans trop d’effort. Il fit harponner l’autre navire et chargea à l’abordage avec quelques-uns de ses meilleurs combattants. Mais c’était sans compter que bon nombre des passagers du Mistral étaient eux aussi des guerriers expérimentés, et qu’ils ne pouvaient pas se permettre de laisser le Mistral se faire capturer. Les envahisseurs finirent par être complètement dominés et par se rendre. De-Aldin lui-même incapable de continuer à se battre, laissa son casque et une pierre gemme, tous deux magiques, afin d’acheter sa liberté et celle de ses compagnons (ce qui semblait être une transaction de routine entre les deux vaisseaux). Alors qu’ils nageaient pour regagner leur bateau, un des minotaures se fit happer par une grande créature sombre et couverte d’écailles, qui disparut aussi vite qu’elle était arrivée, ne laissant derrière elle qu’un petit nuage de sang dans la mer et un plus grand nuage de malaise englobant les deux vaisseaux.

Sans le capitaine Laschaar, dont l’état continuait à se détériorer, la poursuite du voyage devenait de plus en plus difficile. La cabine du capitaine contenait surtout des portulans de la Mer d’Istar et les quelques cartes des eaux plus nordiques manquaient cruellement d’information à propos des récifs et autres écueils. Le coucher du Soleil amena avec lui une navigation encore plus difficile, et aussi l’explication de las la disparition du pirate minotaure quand un dragon plus noir que la ciel du crépuscule, aussi grand qu’un cheval de trait mais plus agile qu’un chat, sauta sur la proue du Mistral. Ceux qui se trouvaient sur le pont à ce moment durent se défendre contre les crocs et les griffes du dragon, contre son souffle corrosif, mais surtout contre son aura de ténèbres magiques. Après un combat intense, le dragon se trouva à être grièvement blessé sans avoir pu croquer le moindre morceau. Il fit apparaître son nuage d’ombres une dernière fois mais, plutôt que de s’en servir pour prendre ses ennemis par surprise, il en profita pour déguerpir.

Conscient du danger de continuer à naviguer de nuit et du besoin de repos de tout le monde à bord, le maître d’armes Samm Vardan fit jeter l’ancre au pied des falaises du Cap de Nordmaar, dans un endroit facile à défendre. Sauf pour deux marins sur le pont à la fois, tout le monde avait enfin la possibilité de prendre du repos à la cale. Mais ce repos fut interrompu par des cris de terreur vite étouffés des marins sur le pont. Arkos courut sur le pont pour trouver les deux marins, incluant le vieux de loup de mer qui lui avait plus ou moins servi de père substitut depuis qu’il avait été recueilli par l’équipage du Mistral, selon toutes apparences morts sur le sol mais aussi deux silhouettes fantomatiques se dirigeant droit vers lui. Au moment où Arkos appelait à l’aide, un autre spectre surgit de la coque avant du navire là où dormaient ses compagnons. Alexias et Azzit-Khaz offrirent de s’en occuper pendant que Kelsea et Merric iraient à la rescousse d’Arkos, mais un autre fantôme, caché sous les escaliers, était en train de traversé le pan de mur menant à l’infirmerie. Et alors qu’il devint enfin possible de quitter la cale pour aller prêter main forte à Arkos, d’autres cris et bruits de combats s’élevaient de la cabine du gouverneur Kang.

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Retour à Robann très (très) temporaire

Après avoir fui le chaos au repaire du grand dragon noir Mohrlex sur un quatuor de jeunes wivernes libérées, les visiteurs venus de Robann ont vite été surpris par un groupe de monstres lancés à leur poursuite. Parmi eux, trois draconiens Sivak à moitié morts : si les gardes Kapak tués par l’énergie chaotique, au lieu de fondre dans une mare d’acide, se recouvraient de pustules remplies de liquide corrosif, ces Sivak, dont le cadavre prend normalement l’apparence de son asdsassin, avaient l’air partiellement nécrosés, coincés à différents stades troublants de transformation entre la forme d’un draconien adulte et celle de Jenn Eigerson. À la tête des draconiens zombies se trouvait un énorme oeil coiffé de deux antenne se terminant chacune par un oeil plus petit. Arkos l’identifia comme une terreur des profondeurs qu’on nomme beholder ou tyrannoeil. Fidèle à sa réputation, celui-ci utilisait ses tentacules pour tirer des rayons capables de brûler, affraiblir, ralentir ou repousser ses adversaires. Quant à l’oeil central, son regard était suffisant pour arriver à immobiliser complètement une des wivernes là où elle se trouvait. La magie d’Agrivos a permis à ses deux passagers de changer de monture en plein vol, mais deux des wivernes s’en trouvaient dangereusement surchargées. Et lorsqu’une des deux bêtes fut frappée par un rayon d’épuisement, elle s’en alla elle aussi s’écraser contre le sol. Ses passagers auraient connu le même sort si un jeune dragon bleu n’avait pas subitement surgi des nuages pour les repêcher au vol. Refusant de s’identifier, il justifia son intervention en expliquant simplement qu’il aidait à repayer une dette que sa mère avait contractée envers le père d’Alexias, ce qui ne semblait pas faire le bonheur du jeune dragon.

Le combat terminé, le groupe poursuivit sa route jusqu’à quelques kilomètres de Robann, là où le dragon les abandonna pour s’en retourner vers la mer. Arrivé aux murs de la ville, la visite du gouverneur Kang était facilement reconnaisable par les étandards ornant les fortifications, le nombre de gardes deux fois plus grand qu’à l’habitude et le camp d’une dizaine de tentes dressé droit devant l’entrée principale. Malgré un contrôle serré, tout le monde a pu entrer assez facilement, surtout si on compare à la manière dont s’était déroulée la sortie. Pendant que Merric et Alexias partaient à la recherche de quelqu’un qui pourrait aider Jenn à sortir de son coma et que Kelsea commençait à trouver des acheteurs pour le matériel ramassé en cours de voyage, Agrivos et Azzit-Khaz allaient faire leur rapport à leurs supérieurs respectifs. Il ne fallut que quelques heures pour que le gouverneur Kang, qui annula ses plans pour l’après-midi afin de convoquer tout le monde chez le maire de la ville.

Par rapport à trois jours plus tôt, le nombre de patrouilles armées le long de la frontière avec Taman Busuk avait grandement augmenté, au point que le général Slith avait déjà considéré laisser une partie de la garde d’honneur du gouverneur Kang à Robann pour aider à surveiller la frontière sud. Mais la nouvelle d’un bataillon solamnique avec engins de siège en route vers Teyr ayant déjà franchi la frontière nord et les troubles dans le Grand Marais risquant de déborder, en plus de la présence d’une menace encore mal définie dans les montagnes au sud-ouest rendait la situation beaucoup plus inconfortable. Un peu à regret, le gouverneur et son général décidèrent de déclarer la loi martiale afin de mieux préparer Teyr à faire face à une éventuelle guerre. De plus, pour empêcher que les deux dirigeants de la nation tombent en même temps si Teyr venait à se faire envahir, il fut décidé (en grande partie à cause du veto que la loi martiale donne au général en chef) que le gouverneur Kang serait evacué vers un endroit sûr avec comme objectif des trouver des alliés prêts à se porter à la défense de Teyr. Sur un point plus positif, la rencontre au sommet permit au moins de déduire que la chose chaotique s’infiltrant aux alentours de Teyr n’était vraissemblablement par originaire de Krynn, ni même des plans où résident les dieux, mais plus probablement d’un autre monde situé ailleurs dans le cosmos. Il sembla aussi que chaque partie de cette matière étrange ait la capacité d’avoir un contact de style télépathique limité faiblissant avec la distance avec chacune des autres parties, faisant de l’ensemble quelque chose qu’on ne peut pas considérer comme une créature unique, mais pas non plus comme une colonie de créature individuelles.

Pour mener Kang en sécurité, l’armée réquisitionna le Mistral, vaisseau du capitaine Laschaar. Bien qu’il ne fût pas encore en parfait état de naviguer, il s’agissait du seul navire disponible dans les environs de Robann. L’équipage du bateau fut compléter par quatre des gardes d’honneur du gouverneur Kang, par le lieutenant Azzit-Khas pour superviser les opérations au nom de l’armée, et par l’ambassadeur Agrivos et son garde du corps Alexias. Les six compahnons se firent donner la tâche supplémentaire de trouver toute information qui puisse être utile au sujet des forces chaotiques affligeant la région. Montèrent aussi à bord: Tasslehoof Tagalong, ami et complice de longue date de Merric Kiljoy, Tomas Bombyx et Jenn Eigersonn, les deux apprenti sorciers ayant survécu à la possession par les forces du chaos, Eldred Steelbrim, la joaillière et ancienne chef de la troupe dont avaient autrefois fait partie Kelsea et l’actual maître d’armes du Mistral, de même que l’ancien shérif de Robann Hiyan Lobcrow et sa tenancière Karista Falken.

Le voyage commença bien, mais arrivé à un col où la baie fait moins de 20 km de large, le fond du vaisseau fut retenu par la combinaison d’un épais lit d’algues et de câbles sous-marins se terminant par une bouée sertie de crochets acérés. Aussi rudimentaire qu’il soit, le piège parvint à stopper le navire assez longtemps pour qu’il se fasse approcher par deux deux grands canots de guerres remplis d’ogres et
transportant entre eux la plus énorme des balistes jamais vues. Pour rendre la tâche de l’équipage du Mistral plus difficiles, les ogres envoyèrent aussi deux pseudodragons se percher sur le nid-de-pie pour
s’attaquer à quiconque essaierait d’aller tendre les voiles. Le navire fut éventuellement décoincé, mais les ogres avaient eu le temps de mettre leur baliste en place, et il n’était pas évident que le Mistral puisse filer hors de porter de l’engin de siège avant que les ogres n’aient eu la chance de tirer un coup ou deux.

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Chez le seigneur du Marais

Après s’être arrêtés quelques heures chez les gnomes de Picketville pour se remettre de leur fuite vers le marais, attendre la fin du violent orage et prendre leur premier bon repas en trois jours, le groupe venu de Robann a pu profiter de l’occasion pour se renseigner au sujet du dragon noir nommé Goudron régnant en souverain sur la région et sur la fontaine bénite que l’aurait guéri d’une terrible maladie magique. La fontaine elle-même daterait de l’empire d’Istar. Combinée avec une coupole de verre ramenée près de son lieu d’origine par les fondateurs de Picketville pour la première fois en plus de 400 ans, elle focusserait la lumière du Soleil pour purifier l’eau de la fontaine et tout ce qui s’y trouve. Selon ce qu’en savent Nigel et les autres gnomes interrogés, l’anglr de la coupole ne rendrait cependant l’effet possible que dans les premiers instants suivants le lever du Soleil. Cela concorderait avec une légende que Merric avait déjà entendue à propos d’une princesse qui aurait été guérie d’une maladie de naissance incurable par les rayons du Soleil levant alors qu’elle et son amant illégitime se baignaient nus dans une fontaine enchantée trouvée par hasard au milieu des bois. Malheureusent, peut-être dû au fait d’avoir passé une heure sont la pluie froide à examiner les notes et les appareils de Nigel, Merric s’était remis dès la fin du souper à grelotter et à transpirer à grosses gouttes, alors que tout le monde l’avait cru guéri après le repos de la nuit précédente.

Craignant que l’état de Merric ou d’Agrivos – voire de Kelsea – ne s’agrave, ou encore qu’Alexias, Azzit-Khas ou Tomas ne retombent malades eux aussi, il fut décidé de ne pas attendre et de partir vers le palais de Goudron immédiatement en espérant avoir trouvé la fontaine avant le lever du jour. La nuit sur un vrai lit tant espérée devrait attendre un peu plus longtemps. Malgré un peu de réticence, Nigel accepta d’honorer sa dette envers le groupe en les guidant à la lanterne jusqu’à la cité du dragon.

Marchant nerveusement et à l’affut des moindres bruits provenant des animaux de la bruyère, le groupe entier s’arrêta quand Arkos reconnut des bruits de sabots, beaucoup trop lourds pour venir d’un cerf. Faisant signe à Nigel de couvrir la lanterne, Kelsea s’avança discrètement sous la faible lumière de Solinari et Lunitari, assez pour discerner la croupe rousse d’un coursier et la cape noire son cavalier, fort possiblement celle de Jenn. Au signal de Kelsea, Alexias, Agrivos, Arkos et Azzit-Khas ont accourru pour la rejoindre, éclairés par le sort de lumière lancé par Tomas sur la lame d’Alexias. Au son des combattants approchant, Jenn se retourna suffisamment pour être reconnue de ses cinq anciennes connaissances. Comme elle et Tomas précédemment, Jenn les fixait d’une manière tout sauf naturelle, sans la moindre expression faciale ou corporelle, tenant mécaniquement le bout d’une cordre de chanvre à la main gauche. En contraste à cela, ses pupilles affolées oscillaient erratiquement de haut en bas et de gauche à droite sans sembler voir quoi que ce soi. Après un silence immobile qui sembla durer une éternité malgré les appels et questions répétés de ses compagnons, Jenn donna un coup de son poignet gauche qui lui aurait normallement été à peine suffisant pour soulever un livre mais qui ici fut suffissant pour tirer sur la corde et faire atterir entre elle et ses visiteurs
importuns le lourd paquet attaché à l’autre extrémité: les cadavres frais de deux humains barbares en peinture de guerre et armure de cuir. C’est à ce moment que le cheval se mit à hennir et à se tordre de douleur alors qu’un ruisseau de sang s’écoulait sur chaque flanc à partir du rebord de la robe noire de Jenn. Pour ajouter à l’horreur de la scène, les cris de cheval s’arrêtèrent dans un grand craquement lorsque le dos de la bête cassa d’un coup sec et que l’animal entier fut plié pattes avant contre pattes arrière avant d’être aspiré sous les pans de la grande robe, envoyant la majeure partie de la carcasse sur le sol de la bruyère, recouvrant en bonne partie cadavres des barbares et la végétation les entourant. Malgré la scène cauchemardesque, l’apprentie-sorcière ne changea ni d’altitude ni de position, restant immobile et impassible là où elle se trouvait quand sa monture était encore en un morceau, à l’exception de ses yeux toujours empreints de panique. Puis, sans même laisser le temps à ses visiteurs de réagir, elle se retourna et se mit à galoper en direction du sud, comme si son coursier était toujours à son poste.

Malgré les événements, Alexias et Kelsea s’apprêtaient à partir à sa poursuite, mais une situation plus immédiate les en empêcha. La mare de sang et d’entrailles s’était en effet mise à bouilloner violemment. Des grenouilles malchanceuses coincées dans la gibelotte se mirent à développer des crocs acérés et à grossir jusqu’à atteindre la taille de gros mastifs alors que les deux cadavres, ayant apparemment subi l’équivalent de plusieurs semaines de décomposition, se relevaient pour eux aussi assaillir les intrus. Le combat qui suivit s’avéra exigeant, mais davantage sur le plan psychologique que physique, si bien que chacun ne s’en tira qu’avec des blessures mineures. Après une brève halte pour se remettre de la rencontre – et pour s’assurer que le tas de pourriture ne puisse engendrer d’autres monstuosités – tout le monde repris la marche vers le repaire de Goudron.

Après deux heures de marche additionnelles, le groupe arriva vers ce que Nigel croyait bien être l’antre du dragon. Sur un plateau en bonne partie dégarni de végétation se trouvait un immense amphithéâtre en pierre datant de plusieurs siècles, certainement antérieur au Grand Cataclysme. Sur le reste du plateau se dressait un bon nombre d’habitations éclairées par quelques torches, certaines des bâtiments en pierre antique remis en état, mais pour la plupart en bois et en chaume. Au pied du plateau se trouvaient environ dix fois plus de bâtiments, répartis entre deux villages adjacents mais clairement délimités. Cabanes en bois et chaume peuplées d’humains d’un côté, huttes en terre cuite remplies d’hommes-lézards de l’autre. Il aurait sans doute été possible de contourner l’un ou l’autre des villages et de monter sur le plateau, mais compte tenu de l’importance de faire bonne impression auprès du mâitre des lieu, il fut décidé d’y aller ouvertement. Étant donné les expériences récentes de chacun avec les hommes-lézards, il fut de même décidé de se diriger vers le camps humain.

À l’entrée se dressaient deux grands guerriers armés de lances, en armures et maquillage de guerre semblable à ceux des deux cadavres trouvés plus tôt. Bien que les gardes aient été peu disposés à laisser des étrangers passer au beau milieu de la nuit, après s’être fait expliquer la raison et l’urgence de leur voyage, ils acceptèrent d’escorter les visiteurs jusqu’au colisée. Pour ce service extraordinaire, ils s’attendaient par contre – et ils le disaient ouvertement – à un paiement de la part de ceux qu’ils s’apprêtaient à aider. Au départ, la seule chose les intéressant était le sac d’aigues-marines destiné à être offert au dragon, mais la langue d’argent d’Argrivos de même que les arguments passionnés et la démonstration d’Azzit-Khas réussirent à convaincre les deux gardes que les armures d’écaille récupérées sur les gardes frontaliers de Taman Busuk représentaient pour eux un tribu plus précieux encore. Le camp encerclant l’amphithéâtre était peuplé exclusivement de draconien. Il était aussi beaucoup plus développé que ceux du bas du plateau: comptant notamment une grande forge et une immense volière où étaient gardés une poignée de jeunes wivernes. Bien que les draconiens durent eux aussi être convaincu d’ouvrir les portes de l’amphithéâtre, la négociation fut beaucoup plus rapide que la précédente, et sans question de taxe ou de tribut autre que celui destiné au dragon.

À l’intérieur, le groupe fut acueilli par le chambellan du dragon qui préférerais d’ailleurs certainement qu’on s’adresse en tant que Mohrlex – le diminutif de son vrai nom – plutôt qu’avec le sobriquet de Goudron. Le chambellan lui même était étrangement un humain de sept pieds, auz traits et au teint passablement différents des humains de la région, et avec de longs cheveux complètement blancs bien qu’il ne parraisse pas âgé de plus de 40 ans. Mohrlex étant parti à la chasse au gros gibier au courrant de la journée, c’est le chambellan lui-même qui se chargea de faire la conversation. Tout au long de la nuit, il s’absenta régulièrement pour s’occuper des tâches incombant à son poste, mais il accepta de permettre à ses visiteurs de se baigner dans la fontaine sacrée en échange du sac d’aigues-marines, de l’emplacement du gisement d’où elles proviennent, et de plusieurs heures de questionnement et d’interrogatoire intensif, priincipalement à propos de la politique et de l’économie de la région, mais aussi au sujet de l’étrange maladie nouvellement apparue et des monstres antinaturels qui l’accompagnent. À un certain point, intrigués par les départs répétés de leut hôte, Kelsea et Merric décidèrent de le suivre de loin. Deux fois de suite, le chambellan les quitta pour aller dans ce qui avait tout l’air d’être une loge comme celle où tout le monde était installé, et y resta jusqu’au moment de revenir tenir compagnie à son groupe de visiteurs. Au troisième coup, Kelsea réussit à s’avancer suffisamment pour distinguer la silhouette de sa soeur Jenn assise sur un banc. Le chambellan ne semble pas avoir remarqué la brigande qui le suivait, mais Kelsea est convaincue d’avoir vu sa soeur se tourner vers elle et la fixer jusqu’à ce que la porte se soit refermée.

Au petit matin, le groupe de voyageurs alla s’installer autour de la fameuse fontaine: un grand bassin de marbre situé dans la cour intérieure de l’amphithéâtre, décoré de gravures d’oiseaux presque effacées par le temps, et surmontée d’une lentille de cristal blanc que la simple lumière des lunes suffit à faire briller. S’étant clairement fait avertir de ne pas souiller la pureté de la fontaine avec leurs armes de guerre ou leurs vêtements sales, tous se dévêtirent avant de plonger dans l’eau frâiche. Sous les premiers rayons du jour, la coupole se mis à briller intensémment et à rediffuser la lumière du Soleil sur l’ensemble du bassin. Ceux qui s’y trouvaient à ce moment sentirent tous les maux qui les affligeaient disparaître: les maladies actuelles, mais aussi tous les petits problèmes d’asthme, d’urticaire, de maux de tête, brûlements d’estomac, etc, si légers que chacun avait cessé d’y porter attention il y a longtemps. Tous se trouvèrent revigorés à un niveau plus élevé que jamais.

L’état de bien-être fut cependant vite dérangé par la voix du chambellan qui semblait être au beau milieu d’une engueulade monumentale. Il fit rapidement son apparition, dos à la fontaine mais faisant face à Jenn, prenant part à un débat enflammé où personne d’autre que lui n’entendait les répliques de Jenn, mais cédant pas à pas le terrain les séparant du bassin. À une vingtaine de mètres de distance, la main gauche de Jenn tenta de prendre le chambellan par la gorge mais ne parvint qu’à lui arracher son tabard. Pendant que Jenn reprenait son élan pour frapper à nouveau, les membres, puis la tête et enfin le corps tout entier du chambellan s’étirait et se couvrait d’écailles noires, passant en quelques secondes d’un humain de grande taille à un immense dragon noir de près de dix mètres de haut. D’un coup de griffe, il envoya Jenn voler vers l’arrière. Mais quand elle se relevait, toute sa peau se couvrait de minuscule fissure d’où un mélange de sang et de vase jaunâtre jaillit pour recouvrir le dragon. Mohrlex semblait lutter contre la chose qui tentait de le contrôler, réussissant globalement bien mais cédant ici et là pour un geste. Un des premier fut de cracher un intense jet d’acide et de mucus droit sur la lentille de cristal. Desaxée, la lumière du Soleil se trouvait alors à être relâchée erratiquement en rayons assez intenses pour marquer la pierre du bassin. Alertés par le bruit, deux gardes kapak acourrurent vers leur maître mais se firent anéantir par le feu combiné d’un rai de lumière et d’un crachat d’acide. Au lieu de fondre dans une mare d’acide comme c’est normalement le cas à la mort d’un kapak, leurs corps se sont rapidement couverts de pustules nécrotiques emplies d’acide, que les gardes morts-vivants n’hésitaient à s’arracher pour lancer des projectiles. Cette fois encore, trois malheureuses grenouilles éclaboussées par les substances se mirent à grossir, heureusement jusqu’à une taille beaucoup moins importante que lors du combat de la nuit précédente. Tout en luttant contre le parasite, Mohrlex cria à ses alliés de circonstance: “Prenez le dôme de Solinari et partez! Il ne doivent pas mettre la main dessus!” Agrivos grimpa au-dessus de la coupole pour tenter de la désactiver tout en essayant d’éviter les rayons de lumière. Merric essaye de l’aider mais ses tentatives ne parvenaient qu’à empirer la situation. Le kender fut donc plutôt envoyé chercher Nigel et les effets du groupe laissés dans la loge. Pendant ce temps, Alexias courrait ramasser Jenn tandis que les autres affrontaient les monstres hostiles. La coupole put être décrochée mais, peut-être à cause de la surcharge d’énergie, du contact avec la vase jaunâtre, des maladresses de Merric ou quoi que ce soit d’autre, la pièce de cristal se brisa en deux. Mohrlex criait encore ses consignes lorsque sa situation le permettait: “Partez! Partez! Et ne me dites pas où vous allez.”

À l’extérieur, la situation n’était guerre mieux. Une bande de gardes draconiens retenait un paquet de créatures monstrueuses et le cadavre animé d’un des leur en attendant que les combattants fraîchement réveillés viennent leur prêter main forte. Au bas du plateau, d’épaisses colonnes de fumée s’élevaient des maisons de bois et de chaume des barbares humains. Les hommes-lézards, quant à eux, employaient toutes les ressources pour repousser l’assault d’une horde d’envahisseurs aux écailles beaucoup plus claires et tirant vers le jaune: les poisonscales qui avaient essayé de kidnapper Nigel le jour précédent. Se rendre en lieu sûr posait un sérieux problème auquel un cri de détresse apporta la solution. Dans la grande volière, quatre jeunes wivermes étaient blotties dans un coin, donnant des coups de griffes et sifflant en direction d’une grosse masse gélatineuse qui attaquait avec ses pseudopodes tout en digérant une cinquième wiverne appelant à l’aide avec l’énergie du désespoir. Plutôt que d’ouvrir la porte, Arkos fit le tour de la volière et brisa les barreaux juste à côté des wivernes. C’est également le minotaure qui calma suffisamment les bêtes pour qu’elles acceptent leurs selles et leurs cavaliers. Ayant mis le cap sur Robann, où le gouveneur Kang et le général Slyth devraient se trouver en ce moment, la ville de Mohrlex n’était plus reconnaissable que par des colonnes de fumée quand les branches sous les wivernes craquèrent et qu’en surgit un oeil volant de plus d’un mètre de large, suivi par une poignée de créatures ailées. Les wivernes étaient poussées au maximum de leurs capacité mais malgré tout l’oeil monstrueux se rapprochait nexorablement.

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Dans le Grand Marais

Après avoir passé la nuit coincés dans une grotte en bordure nord du Grand Marais pendant un violent orage, Arkos et Azzit-Khas essayaient tant bien que mal de déplacer les troncs d’arbres morts qu’un léger glissement de terrain a envoyés bloquer l’entrée. En attendant, le reste du groupe (sauf Thomas) s’en est allé exploré les tunnels partant du fond de la grotte à la lumière de leurs torches. Ils découvrirent les restants de l’exploitation d’un petit filon d’aigue-marines, et les restants de son propriétaire. Étrangement, même si les outils ne semblaient avoir que quelques semaines de rouille, il ne restait du mineur que le squelette. Et encore, tous les os plus bas que le bassin semblaient avoir eu le temps de se décomposer en compost. L’explication se fit évidente quand Kelsea vit quelque chose bouger dans l’ombre et que le groupe dût se défendre contre un groupe de oozes. Même si celles-ci sécrétaient un fort acide, la magie d’Agrivos se trouva encore plus caustique et parvint à écorcher les créatures sans être affaiblie. Mais quand il essaya de cracher des flammes sur les vases vertes, qu’on dit vulnérable à la lumière et à la chaleur, Agrivos fut pris d’une quinte de toux et de fièvre et ne put faire autre chose du combat que de supporter ses alliés et éviter les coups.

Pendant ce temps, profitant de la distraction, un étrangleur s’était faufilé au-dessus d’Azzit-Khas et tenta de l’étouffer en le serrant à la gorge. Heureusement, Azzit et Arkos se débarrassèrent assez vite de l’assaillant pour courir à la rescousse de leurs compagnons. Pour ce qui est d’Agrivos, sa rechute même après un rituel de guérison semblait indiquer clairement que la maladie l’affligeant n’était pas d’origine naturelle, et que sa puissance magique était supérieure à celle de Meric ou du mage qui avait créé le parchemin de guérison. Après l’aveu d’Arkos et Azzit-Khas qu’il leur faudrait encore plusieurs heures de travail pour dégager l’entrée de la grotte, le groupe décida plutôt de suivre le tunnel creusé par le ruissellement des eaux, non sans avoir pris le temps de ramasser toutes les aigues-marines déjà dégagées par le malheureux mineur.

Le tunnel suivi étant passablement praticable, personne n’a dû user de ses talents de contorsion ou d’escalade, et même le diplomate nauséeux et le mage aveugle ont réussi à suivre sans trop de difficulté. Et si l’eau montait parfois assez haut, ce ne l’était pas assez pour faire perdre pied à qui que ce soit, sauf pour le diminutif Meric, qui semblait plus amusé qu’autre chose de devoir faire quelques longueurs.

Le tunnel déboucha enfin sur un étang au beau milieu du Grand Marais. Alors qu’ils regardaient autour d’eux pour essayer de s’orienter, le groupe fut alerté par les appels à l’aide effrénés d’un gnome transporté par un groupe de bakalis. Voulant voir s’il était possible de secourir le gnome sans effusion de sang, Alexias et Azzit ont tenté de discuter avec celui qui disait parler au nom du groupe. Curieusement, il s’agissait d’un des chasseurs plutôt que du chaman qui les accompagnait. La négociation a tourné court quand les compagnons se rendirent compte que les hommes-lézards recherchaient des magiciens et que le marchandage en cour concernait le prix de Tomas et Agrivos. Pour défendre leurs amis, les cinq voyageurs en état de se battre ont grimpé sur les bords de l’étang pour éliminer les bakalis. Fait à noter: le chasseur ayant mener les négociations est aussi celui qui semblait en charge de la tactique et de la coordination de ses troupes en combat. Le chaman se contentant de suivre les instructions et de bombarder les ennemis à distance, le regard vague, sans jamais laisser paraître la moindre émotion ou émettre le moindre son.

Après le combat, le gnome – Nigel de son nom «humain» – remercia ses sauveurs profusément et offrit de les conduire à son village où il pourrait les récompenser adéquatement. Le groupe atteint donc ainsi, toujours sous la pluie, le village gnome de Picketville – quelques trois cents gnomes ayant prêté allégeance au grand dragon nommé Goudron – construit en plein Marais, sur la côte de la Mer d’Istar. Alors que Nigel faisait fièrement la démonstration de ses dernières avancées technologiques sur la projection des explosions, Alexias et Meric ne purent s’empêcher de remarquer que les habiletés de Nigel n’étaient rien d’autre que des sorts et des rituels arcanes. Cela mena le groupe à faire un lien entre ceux qui avaient été infectés par la chose s’étant prise à Tomas et Jenn, entre autres. Tous étaient soit des magiciens, probablement tous arcanistes, soit des draconiens, descendants directs de dragons, qui sont les plus puissants sorciers naturels qui soient. Parlant de dragons, ceux qui auraient regardé vers le large avant d’aller joindre les gnomes pour le repas y aurait vu trois dragons semblant valser entre les éclairs produits par l’orage. Ceux avec une bonne vue et une tout aussi bonne connaissance des dragons les auraient reconnu comme étant des dragons bleus, probablement des jeunes adultes. Les dragons étant par nature des êtres solitaires, en voir deux du même type qui ne se combattent pas signifie généralement qu’on a la chance d’observer un couple éphémère. Voir trois dragons adultes agir ensemble, cependant, n’est jamais une coïncidence.

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Du trouble tout autour
Où les patrouilles autour de Robann révèlenet ennemi après ennemi
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