Dragons d'un bayou perdu

Interlude maritime
Où on chasse plus qu'un trésor

Après leur retour de Kern et la chute d’Eregobrah, les compagnons de Robann se demandaient bien ce qui les attendaient pour la suite des événements.

Après quelques semaines passées auprès de leurs familles et amis, l’envie de reprendre la route et de passer à l’action se faisait sentir à nouveau. Si les centaines de soldats de Neraka positionnés le long de la frontière sud de Teyr représentait toujours une menace, la perte de leur potentielle alliance avec les ogres de Kern venait exclure toute tentative d’évasion dans les prochains temps.

Cabiyari proposa d’aller faire un tour à Kalaman pour trouver de nouveaux alliés. Alexias était plutôt partant pour aller régler le problème à la source en Taman Busuk et voir si le grand inquisiteur Jussieu n’avait pas quelque chose è voir avec cette tentative d’invasion. Kelsea, quant à elle, suggérant que, la guenaude Nadège leur ayant indiqué comment trouver comment trouver l’emplacement du trésor du premier Captain Skull, il fallait saisir l’occasion avant qu’il ne soit trop tard.

Cette dernière remportant finalement le débat, les compagnons repartirent à bord du Nécrophore en direction de l’extrémité de la péninsule de Kern. Relativement rapidement, ils trouvèrent les vestiges d’une ancienne route datant de l’époque d’Istar. La route s’enfonçant sous la mer d’Istar, le groupe la suivit vers le sud tant que la visibilité permettait de repérer, dépassant du fond marin, les colonnes ayant jadis servi à renseigner les voyageurs.

Quant même ces bornes cessèrent d’être visibles depuis la surface, il fut décidé que Kelsea, Alexias et Cabiyari descendraient sous les flots pour suivre à pied les traces de la route. Grâce à un rituel lancé par le druide, le trio put rejoindre le fond marin et indiquer la voie à suivre à l’équipage du navire.

De longues heures de lente marche plus tard, le groupe rencontra deux gros poissons à l’allure monstrueuse qui se rapprochaient sans cesse du groupe. Quand ils furent assez près, les poissons lâchèrent des torrents de mucus .pais et des coups de tentacules dans l’espoir d’abattre les visiteurs venus de la surface. Télépathiquement, ils disaient agir au nom de toute la faune sous-marine et voulaient se venger ceux qui décimaient leur espèce.

Si, comme les poissons s’en vantaient, le Maître, qui ou quoi qu’il fut, les avait bel et bien dotés d’une intelligence surnaturelle, celle-ci ne leur permit pas de remporter le combat qu’Ils avaient initié.

Un analyse de la part de Cabiyari révéla que les deux poissons, qui rappelaient à la fois les mutants des égouts de kalaman et les monstres vaincus dans le perchoir de Slith, étaient à la base de simples thons. Si quelqu’un ou quelque chose dans les parages avait la capacité de transformer des simples animaux en tels monstres, la région tout entière se trouvait menacée. Sans savoir où pouvait se terrer ce Maître, les compagnons poursuivirent leur route en gardant l’œil ouvert pour d’autres aberrations.

Éventuellement, les trois aventuriers, aperçurent une colline submergée couvertes par les restes de ce qui avait jadis dû être un petit fort. Se faufilant à l’intérieur, Kelsea vit d’abords que l’étage supérieur de la ruine était accessible et qu’il y avait suffisamment d’air pour y respirer normalement. Deux grosses créatures à l’allure de crapauds, un bleu et un rouge, se tenaient face au mur dans un recoin. L’un deux poussait, d’une voie grave et dans une langue que Kelsea n’arrivait pas à replacer, une longe complainte lugubre.

Après son rapport à ses deux compagnons, Alexias reconnut tout de suite les monstres
comme la même espèce qui avait été conjurée par Slith et un Herzog alors possédé par la créature d’Ulban. Senta là l’influence des aberrations venues des étoiles, les trois éclaireurs entrèrent pour éliminer la menace.

Une fois à l’intérieure, Kelsea put se rendre assez près d’un des monstres pour lui lancer sa dague dans le dos et réaliser que les monstres étaient déjà dans un état de décomposition avancé. Si les deux bêtes furent lentes à réagir à l’attaque, ce n’était pas le cas de la troisième créature dans la pièce: une âme-en-peine à la silhouette toujours changeante, mais dont la forme évoquait une tête coiffée de deux cornes et un bras armé d’une hache. C’était clairement elle la source des gémissements, qu’Alexias reconnut comme du kothien, mais son attitude venait de passer de mélancolique à résignée.

En partie grâce à la lumière divine de Cabiyari, le petit groupe vient à bout des morts-vivants. Sa forme s’affinant à chaque coup qu’il prenait, le spectre se révéla être ce qui restait d’un minotaure en habits de marin. Quand il pris la parole, dans un commun archaïque, on comprit qu’il s’agissait du fantôme du premier capitaine Skull, condamné par les dieux à hanter le lieu de repos de son trésor il y a de cela plusieurs siècles. Depuis ce temps, il s’attaquait férocement aux rares intrépides qui tentaient de s’emparer de son trésor, espérant que le jour vienne où il serait vaincu à son tour et libéré de son châtiment.

Avant de disparaître pour de bon, il confia qu’une étrange créature intelligente à l’apparence d’un insecte à plumes géant avait élu domicile dans le fond des ruines quelques semaines auparavant. Comme elle n’avait tenté ni de toucher au trésor ni de s’attaquer au capitaine, celui-ci n’avait rien pu faire pour l’arrêter. La créature avait bien trouvé le moyen de conjuré des monstres et de les envoyer attaquer le spectre à sa place, mais il les avait rapidement vaincu et fait d’eux ses servants.

Suspicieux du fait qu’ils aient retrouvé la trace d’une des aberrations célestes sans avoir eu à faire le moindre effort, les trois compagnons décidèrent tout de même de remonter à la surface chercher leurs deux acolytes avant de s’attaquer à cette créature qui, si on en croit la tendance, serait encore plus coriace que les trois précédemment rencontrées.

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La chute d'Eregobrah Premier
Où on sème le chaos

Forçant, par son regard, les compagnons de Robann à s’attaquer les uns les autres, notamment Alexias et Jolt à lutter à coups de lame et de crocs, la créature sombre couverte de tentacules les engagea dans un combat qui devait durer fort longtemps.

De l’autre bout de la pièce, chacune des têtes d’Eregobrah lança une incantation provoquant l’apparition d’une lance de force qui s’élancèrent vers la mêlée, mais frappèrent toutes les deux une imposante colonne à mi-chemin. Après cet échec, l’ogre-mage et ses deux acolytes reculèrent au cœur de la forteresse et fermèrent la porte derrière eux.

Les compagnons réussirent tout de même à venir à bout du monstre. Sous le coup fatal porté par Arkos, la créature se dissocia en milliers de vers chacun de la taille d’un doigt d’ogre. Le pauvre Azzit se retrouva enseveli sous les tentacules. Alors qu’il s’extirpait de là avec l’aide de ses camarades, il découvrit avec un mélange de fascination et de dégoût que les gueules menaçantes de l’armure qu’ils avait prise jadis au grand prêtre de Morgion dévoraient les vers à grands coups de mâchoire. D’une certaine façon, cet étrange repas renforça le métal de l’armure ainsi que l’enchantement qui la recouvrait.

Après avoir repris leurs esprits, chargèrent dans la voûte du palais. Là, Eregobrah se félicita que ses prétendus assassins aient dépensé tant de ressources et encaissé tant d’attaques en luttant contre leur propre créature. Il ne serait pas dit, selon lui, que les imbéciles de Neraka réussiraient à se débarrasser de lui après avoir tenté en vain de l’acheter en lui offrant une infime partie de ce qu’il possédait déjà.

Reprenant leur prétexte de venir de la part de Neraka, les compagnons chargèrent à travers la pile de trésor recouvrant le sol et se débarrassèrent rapidement des deux gardes du corps augmentés. Eregobrah lui-même fut beaucoup plus difficile à stopper, notamment à cause de sa capacité à se téléporter, à manifester des armes sorties de nulle part, et à attaquer indépendamment avec chacune des moitiés de son corps.

Tout au long du combat, il harcelait et provoquait ses assaillants, leur promettant de faire payer Neraka pour cet énième affront. Quand il s’approcha d’un trou béant de quatre mètres de large et parfaitement circulaire dans le sol de la pièce, Cabiyari conjura un mur de pierre assurant que l’ogre ne pourrait fuir par là.

L’ogre à deux têtes continua à se téléporter autour de la salle au trésor, lançant une lame de force après l’autre. Il répétait sans cesse qu’il punirait les traîtres utilisateurs d’aberration que sont les Nérakais. Confiant jusqu’au bout de pouvoir l’emporter, une charge combinée de Jolt et Alexias vint frapper à la gorge les deux têtes simultanément.

Après le combat, Kelsea passa de très longues minutes à ramasser le moindre objet d’art ou pièce d’orfèvrerie jusqu’à ce que même le sac magique transporté par Azzit ne puisse plus rien contenir.

Pendant ce temps, l’alerte générale donnée dans la ville de Dague-de-Guenaude ne faiblissait pas le moindrement. Rapidement, des coups se firent entendre sur la porte barricadée de la voûte. Sachant que la force légendaire des ogres en viendrait à bout en une question de secondes, les compagnons choisirent la fuite, non sans avoir monté les deux têtes d’Eregobrah sur des piques.

Cabiyari brisa la magie maintenant son mur de pierre et tout le groupe s’engouffra dans le tunnel plongeant sous terre. Éclairés par le khopesh d’Azzit, les cinq compagnons progressèrent en direction du sud-ouest dans un tunnel creusé à même la pierre par ce qui semblait avoir été des centaines d’énormes vers. Après deux heures de marche, le groupe s’arrêta devant le son de ce qui semblait être des sabots de cheval plus loin dans le tunnel.

Tout de suite, une voix s’éleva implorant Kelsea de faire demi-tour et de retourner à l’entrée du tunnel. C’était la voix de Nemeredes le centaure, ancien compagnon de Kelsea dans la troupe d’Content Not Found: null.

Il assura Kelsea et ses compagnons que seule la mort les attendait s’il persistaient à se rendre à l’autre extrémité du tunnel. Devant la persistance des compagnons, il assura qu’il faudrait lui passer sur le corps et qu’il serait prêt à se battre jusqu’au bout pour empêcher que Kelsea ne jette sa vie en vain. Selon lui, à l’autre bout du tunnel se trouvaient Neraka et Jussieu, celui qui avait tué Kelsea la première fois.

Plutôt que de chercher encore une fois la confrontation, le groupe décida de faire demi-tour et de tenter sa chance avec les ogres. Alors que ses alliés partaient, Kelsea tenta une dernière expérience en se retournant subitement vers Nemeredes pour lui agripper le flanc. Comme elle le suspectait à moitié, sa main passa complètement à travers. Le centaure réitéra qu’il avait donner son âme pour sauver la vie de Kelsea et qu’il faisait tout en son pouvoir pour veiller sur elle depuis.

Revenus à l’entrée du tunnel, les compagnons réalisèrent qu’il n’avait fallu que quelques heures après la mort d’Eregobrah pour semer sa capitale dans le chaos le plus complet. Les ogres augmentés restant envoyaient leurs guerriers par dizaines de battre les uns les autres, pour déterminer qui serait le prochain seigneur de Dague-de-Guenaude

Quitter l’ancienne cité d’Istar en évitant les combat fut long et ardu, mais les compagnons parvinrent à échapper à la mêlée générale sans avoir à combattre plus que quelques ogres isolés.

À la fin de la journée, le groupe repassa par le chantier maritime qu’ils avaient sabotés au tout début de leur périple en Kern. Là aussi, les ogres se battaient entre eux pour récupérer un maximum de matériel militaire. Alors que les compagnons évaluaient leurs chances de passer sans être aperçus par rapport à celles de s’en prendre au gros des ogres, une voix féminine les appela et une main leur fit signe d’entrer se réfugier dans un entrepôt.

À l’intérieur, une femme du nom de Nadège se tenait seule. Vêtue d’une couronne de métal et d’une armure de cuir révélant plus qu’elle ne couvrait, elle tenait solidement un trident aux pointes recouvertes de sang d’ogre.

D’humeur instable, elle alternait entre les louanges envers le compagnons pour le chaos qu’ils avaient provoqué et les menaces de représailles pour avoir empêché les ogres de mettre en place une force navale. Quand Cabiyari et Alexias déduisirent qu’il s’agissait d’une fidèle de Zeboim, la déesse des tempêtes, elle confirma leur affirmation et invita tout le groupe, Arkos le premier à se soumettre à la volonté de sa maîtresse et de jurer de la servir.

Sentant le danger, Cabiyari changea de forme pour lui sauter dessus, mais d’un geste, Nadège fit s’élever trois petites tornades qui ramassèrent sur leur passage les armes laissées derrières par les ogres. Les tourbillons de lames tranchaient tout sur leur passage tandis que la zélote siphonnait l’énergie vitale de ses adversaire. Elle-même tomba rapidement sous les coups, mais les tornades donnèrent du fil à retordre aux compagnons alors que leur influence les incitaient à s’attaquer les uns les autres.

Le combat terminé, Kelsea se tourna vers Nadège pour la dépouiller de ses possession quand elle s’aperçu que le corps de la prêtresse était déjà à moitié décomposé: ridé, gonflé et couvert d’algues et de moisissure. Plus surprenant encore, le corps se redressa pour féliciter les compagnons d’avoir passé le test haut la main. Zeboim ne n’avait que faire de fidèles qui la suive comme des moutons.

Remettant sa couronne et quelques barres de métal précieux aux vainqueurs, elle affirma, contrairement à Nemeredes, que le groupe avait tout ce qu’il fallait pour prendre Jussieu de front et punir ceux qui bafouaient l’héritage d’Ariakan. Devant l’hésitation des compagnons, elle imprégna même leur esprit de l’emplacement exacte du trésor du Captain Skull avant de repartir vers le large.

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Second voyage en Kern
Où on éclate de l'ogre

Après avoir appris que des centaines de soldats de l’armée de Neraka commençaient à affluer près de la frontière avec Teyr, les cinq compagnons de Robann s’étaient rapidement mis à la tâche d’élaborer un plan permettant de nuire à l’ennemi principal de la nation des draconiens.

Plutôt que d’attaquer directement les troupes de Neraka, ce qui n’aurait qu’un impact négligeable et pourrait avoir pour effet de précipiter une guerre d’invasion, il fut décider de procéder par un moyen détourner.

On savait depuis quelques mois déjà qu’un ogre-mage à deux têtes du nom d’Eregobrah avait entrepris d’unifier les tribus d’ogres du nord de Kern et que Neraka multipliait les efforts et les offrandes pour s’en faire un allié.

Le plan retenu consista donc à se rendre en Kern vêtus des uniformes des soldats de Neraka faits prisonniers quelques temps plus tôt et d’aller s’attaquer aux installations de l’ogre-mage, tout ça dans le double but d’affaiblir les ogres et de miner leur confiance envers Neraka. Avec un peu de chance, le stratagème provoquerait un conflit entre Kern et Neraka, enlevant à ces derniers la possibilité de mener une attaque contre leurs voisins du Nord.

Les cinq compagnons partirent donc avec l’équipage du Nécrophore vers le fief d’Eregobrah. Évitant les pièges et les mines aquatiques laissés par les ogres, il firent prudemment route vers la ville fortifiée de Dague-de-Guenaude.

Le long de la baie du Miremier, des tours de guet étaient disposées à intervalles à peu près régulier, avec deux ou trois ogres postés dans chacune. Plutôt que de courir le risque – faible – de passer en douce entre deux tour sous le regard potentiel de quatre paires d’yeux, il fut décidé de charger une tour, d’où il serait pratiquement impossible d’être vu des tours voisines, et de réduire les gardes au silence avant qu’Ils n’aient eu le temps de sonner l’alarme.

Profitant du couvert d’une lourde pluie, Kelsea et Arkos laissèrent donc le Nécrophore au large juste avant le lever du Soleil pour s’avancer à la nage vers la berge. Pendant ce temps, Alexias et Cabiyari approchaient au travers des nuages sur le dos de Jolt, suivis de près par Azzit.

Kelsea réussit à se faufiler autour de la tour sans être vue et à se rendre au pied de l’échelle, mais il restait à voir comment se rendre à côté des ogres sans les alerter de sa présence. La question ne fut pas considérée longtemps car Alexias et Cabiyari surgirent des nuages et firent feu sur les deux gardes. Un d’eux s’écroula sous le souffle électrique de Jolt, mais l’autre sortit son cor de chasse pour donner l’alerte.

Forcé d’improviser, Arkos se mit à frapper les piliers soutenant la tour de toutes ses forces pour la faire basculer. Comprenant ce que le minotaure essayait de faire, Azzit plongea à toute vitesse pour faire de même. Kelsea changea de stratégie et alla les aider en ciblant les câbles à couper pour affaiblir la structure.

Le coup porta fruit et la tour s’écoula en direction de la plage. Cependant, bien que blessé, l’ogre toujours debout se releva de sous les décombres et, avant qu’on ait eu le temps de lui porter le coup fatal, il poussa un son strident de son cor, note qui fut rapidement reprise par les gardes des autres tours.

Pour ne pas être pris à découvert par une horde d’ogres, le groupe fonça tout droit vers un genre de chantier de construction que Cabiyari avait aperçu du haut des airs. Après une course d’environ un kilomètre vers l’intérieur des terres, les compagnons furent soulagés de voir qu’ils avaient apparemment semé leurs poursuivants et que le chantier semblait inoccupé.

Vu de plus près, tout le monde pouvait voir que le chantier n’était ni un bâtiment en construction ni une mine à ciel ouvert, comme certains l’avaient spéculé, mais plutôt un immense chantier navale où se retrouvaient un grand nombre de navires et d’engins de sièges tels que des balistes et des catapultes. Si les ogres de Kern vivent sur une péninsule entourée d’eau, ils n’ont prétendu à dominer les mers comme le font leurs lointains cousins minotaures, mais peut-être qu’Eregobrah avait d’autres dessins pour ceux qui le suivent.

Profitant de l’occasion, les compagnons commencèrent à saboter le travail et aussi, mais surtout dans le cas de Kelsea, à piller tout ce qui avait de la valeur. Le travail attira l’attention d’un quatuor d’ogre qui devait être chargé de veiller sur le chantier pendant la nuit. Tout le monde se cacha du mieux qu’il put, mais la monture du chef de patrouille, un immense guulvorg, les repéra à l’odeur et une combat s’ensuivit. Étrangement, le chef des ogres semblait avoir la peau à demi pétrifiée, mais cette couche rocheuse ne lui servit en rien d’autre que de faire en sorte qu’il dut recevoir davantage de coups avant de tomber.

L’alerte aux intrus s’étant rendue au-delà du chantier et d’autres patrouilles commençant à affluer, les compagnons se hâtèrent de terminer de gâcher le travail des ogres avant de faire route vers la cité de Dague-de-Guenaude.

Chemin faisant, ils tombèrent sur quelques patrouilles de guerriers ogres, mais jamais en nombre suffisant pour poser une réelle menace. Laissant parfois des survivants qui pourraient raconter avoir été attaqués par des soldats nérakais, les héros de Robann atteignirent les restes d’une immense cité de l’âge d’Istar, recouverte et encerclée de tentes et de cabanes assez grandes pour des familles entières d’ogres.

Là aussi l’alerte avait été donnée et, le Soleil maintenant levé, des dizaines d’ogres étaient prêts à partir à la chasse aux intrus qui avaient osé attaquer Kern. Peu d’entre eux se doutaient que les envahisseurs se trouvaient déjà sur place, à quelques pas du palais d’Eregobrah.

Ce palais était en fait la carcasse plus ou moins intacte d’un ancien temple d’Istar. Ses halls étant assez vaste pour permettre à deux ogres de passer de front, l’ogre-mage en avait rapidement fait sa demeure. Dans la cour attenante au palais, une dizaine d’ogres discutaient des mesures à prendre en réaction à l’attaque sur une des tours de guet. Deux des ogres avaient la peau rocailleuse du gardien de chantier, mais un autre avait une apparence de boue séchée, un avait la peau et les cheveux d’un rouge de feu, et un autre était recouvert de givre malgré la température encore douce de la fin de l’automne.

Azzit et Alexias spéculèrent qu’il s’agissaient de titans. Les histoires voulaient que, durant l’Âge des rêves, des ogres puissants avaient découvert comment puiser dans les énergies primales pour conférer à un individu des habiletés élémentaires. Mais ces histoires disaient aussi que le secret de ces rituels avaient étés perdus avec la chute des derniers empires ogres à l’Époque d’Istar.

Ne voyant qu’une seule porte d’entrée au palais, on tenta de contourner le groupe de stratège, mais la grande cour laissait peu de place pour se cacher et un des nombreux ogres finit inévitablement par s’apercevoir de quelque chose.

Forcés de réagir sur le champ, les héros firent tout leur possible pour se débarrasser des ogres présents avant que d’autres ne viennent leur porter renfort. Le combat terminé, beaucoup d’entre eux avaient besoin de panser leurs plaies et les talents de tout le groupe furent mis à contribution pour trouver un endroit sécuritaire où tout le monde – Jolt y compris – on pourrait se reposer quelques instants.

Une fois la panique passée, les compagnons retournèrent sur la scène du crime pour se rendre à l’intérieur du palais. Kelsea s’approcha de la porte principale pour voir si elle était verrouillée, mais elle n’eut pas le temps de s’y rendre qu’une immense créature noire surgissait devant elle en perçant un large trou dans la pierre de la porte.

La bête ressemblait à un croisement entre un gorille de quatre mètres et un insecte géant, le tout recouvert de de milliers de minuscules tentacules noirs ondoyant comme un tapis de vers. Arkos nota la ressemblance frappante avec un monstre des profondeurs capable de creuser à une vitesse incroyable et dont le regard pouvait faire perdre la raison, mais le monstre dont il avait entendu parlé ne faisait que la moitié de celui-ci.

Alors que la bête fonçait sur ses proies, une voix se fit entendre de l’intérieur du palais. Accourant vers la porte flanqué de deux gardes du corps en armure de métal, un grand ogre à deux têtes à la peau violacée détachait une arme de son harnais.

Alors qu’une des têtes récitait une longue invocation, l’autre s’adressait directement aux petits êtres qui le regardaient de derrière le monstre noir. « Comme ça c’est vous les intrus dont on parle tant? Vous allez regretter d’avoir eu le culot de venir semer le chaos jusqu’au cœur de mon domaine. En commençant par être les premiers à goûter au sort que vous me réserviez. »

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Émeutes nocturnes
Où on pourchasse une aberration à travers les rues de Teyr

Les cinq compagnons se placèrent ensemble en position défensive tandis que les quatre créatures grotesques fonçaient droit sur eux. Rouge, bleue, verte ou grise, chacune avait des habiletés et un style de combat propre. Outre leurs griffes acérées, les créatures avaient un seul pouvoir en commun : la capacité d’implanter des larves sous la peau de leurs adversaires.

Si la plupart de ceux infectés durant le combat réussirent à extraire les larves de leur corps, Kelsea sentit la sienne s’enfoncer plus creux dans son abdomen, là où elle devenait impossible à déloger. Étrangement, c’est elle qui se trouva à être la moins inquiétée par les dégâts potentiels que pouvaient faire la créature.

Tout en se reposant un peu, le groupe fouilla le temple dédié à Khellendros. On trouva ainsi, sous l’autel, un coffre rempli d’un butin en acier, en bijoux, en or et en pierres précieuses, d’une valeur de plusieurs dizaines de milliers de pièces.

Pendant ce temps, par contre, la créature d’Ulban continuait de fuir vers l’extérieur de la ville. Sortant de l’église pour essayer de retrouver sa trace, les compagnons tombèrent sur ce qui semblait être un début de guerre civile. Malgré l’heure tardive de la nuit, des dizaines de draconiens étaient descendus dans les rues pour s’engueuler et se battre, parfois très violemment.

Plus loin, le groupe pouvait déjà entrevoir le monstre tentaculaire. Encerclé de soldats de Teyr, il n’avait qu’à toucher l’un d’eux pour qu’il se mette à attaquer ses collègues. Esquivant les coups sans grande difficulté, la créature s’assura de corrompre chacun des draconiens s’étant approchés de lui avant de poursuivre son chemin.

Voyant des non-draconiens arriver, les soldats redirigèrent leur agressivité vers eux et commencèrent à former une meute inquiétante. Azzit Kas leur montra qu’il pouvait être tout aussi intimidant à lui seul et arriva à dissuader ceux qui avaient eu l’idée de s’en prendre physiquement à cinq individus armés, mais les émeutiers bloquaient toujours le passage vers les portes de la ville.

Alors qu’Arkos et Azzit se frayaient en chemin à coups de boucliers en traînant le corps inconscient de Slith, Alexias et Cabiyari découvrirent qu’il était de possible de faire sortir les individus de leur transe par la diplomatie ou en les traitant comme s’il s’agissait d’une maladie.

Les compagnons rattrapèrent à nouveau le monstre qui était confronté cette fois-ci à Fonrar et Thesik. D’un toucher, il retourna la bozak contre son ami. Cette dernière tenta de faire goûter sa propre médecine à la créature en usant de ses talents de sorcière pour le dominer à son tour. Non seulement le sort échoua-t-il, mais il rebondit sur Thesik, la soumettant à la volonté du scion d’Ulban. Il en profita pour ordonner aux deux draconiennes d’éliminer ceux qui le pourchassaient et prit encore une fois la fuite vers les portes.

Contrôlée, Thesik conjura un énorme dragon nécrosé entièrement composé d’ombres alors que Fonrar fonçait déjà pour aller se battre en mêlée. Soucieux de ne pas causer la mort d’une de leurs deux alliées, certains des compagnons s’approchèrent pour user de leur diplomatie ou de leur médecine pour briser l’enchantement tandis que les autres concentraient leurs attaques sur la conjuration draconique.

Fonrar sortit de sa transe la première et alla prêter main forte aux compagnons pour aller raisonner Thesik. Alexias en profita pour appeler Jolt, dont l’aura de peur allait permettre de dégager le chemin des draconiens contrôlés.

Après cette rencontre, les rues se trouvèrent essentiellement vides jusqu’aux portes de la ville. Là, des dizaines de minotaures, de légionnaires d’Acier et de guerriers Lor-Taï encerclaient le monstre. Plutôt que de le charger, ils s’apprêtaient à s’attaquer les uns les autres. Vu le nombre de belligérants et le fait qu’ils étaient tous armés, il semblait presque impossible de les arrêter sans en arriver à un bain de sang, mais une voix autoritaire s’éleva de derrière la foule avec pour effet de calmer les ardeurs de chacun.

Le monstre lui-même fit s’écarter la foule pour voir qui avait bien pu briser son emprise aussi facilement. Il vit donc un humain en armure de chevalier de Solamnie accompagné d’une bande de diables. Les compagnons reconnurent immédiatement le chevalier comme étant Chester, avec qui ils avaient déjà eu de nombreux démêlés.

Chester fonça droit vers le rejeton d’Ulban et, avec son épée gigantesque, réussit à lui infliger quelques blessures. Canalisant toute sa rage, il lui porta un coup critique et sectionna un ses tentacules. Impossible de savoir si Chester et ses diables auraient pu venir à bout de la bête car, à ce moment-là, le chevalier aperçu les compagnons qui observaient la scène. Aussi grand fut son désir de vaincre le monstre d’Ulban, elle n’était rien par rapport à la haine et au désir de vengeance qu’il entretenait à l’égard des compagnons.

Laissant la créature filer vers le sud sans offrir de résistance, il ordonna à ses diables de passer à l’attaque et de tuer le groupe devant eux. Aveuglés par la rage, Chester et ses acolytes frappaient fort, mais se laissaient ouverts aux attaques de leurs adversaires. Brutal de part et d’autre, le combat ne dura pas une minute. Assommé par Kelsea juste avant de se faire achever, Chester n’eut même pas l’occasion de proférer une dernière malédiction avant de mourir.


Ayant entendu le monstre mentionner que sa prochaine destination était au sud, les compagnons craignaient qu’il ne se dirige vers Robann et ne s’en prenne possiblement à Kang, qui est après tout un arcaniste. À pied, à cheval, à dos de dragon ou volant de leurs propres ailes, ils se dirigèrent tous vers la petite ville portuaire.

Une fois à Robann, juste avant l’aube, tout semblait parfaitement paisible. Aucun des gardes en poste n’avait vu de créature correspondant à la description qu’on leur donna. Quelle que fut sa destination, le monstre n’était pas allé vers Robann.

Une fois Slith revenu à lui-même, et après qu’on se soit assuré qu’il fut libre de toute influence magique, on alla rencontrer Kang. Lui et Slith discutèrent à huis clos pendant de nombreuses heures. Après délibération, les deux amis décidèrent de lever la loi martiale, même si la menace de Neraka se faisait encore sentir. Le fait de concentrer tous les pouvoirs dans les mains d’une seule personne apportait plus de risques que de bénéfices potentiels.

Quant à Kelsea, après avoir vomi toutes les entrailles de son corps suite aux soins de Cabiyari, elle expurgea enfin un têtard bleuté maintenant de la taille d’un poing. Quelques secondes après, la créature trépassait sous le marteau d’Arkos.

Dans les jours qui suivirent, Kang et Slith retournèrent à la capitale, la version officielle étant que le gouverneur revenait d’un long voyage diplomatique ayant pour but de gagner des alliés politiques à l’étranger. La loi martiale fut levée et la loi anti-anthropophagie fut presque immédiatement remise en place.

Le maire de Robann, Garath Durne, fut destitué de son poste et remplacé par Hiyan Lobcrow, à la recommandation exprès des compagnons de Robann.

Après plusieurs semaines de calme et de restauration pour les habitants de Robann, un éclaireur draconien arriva hors d’haleine devant les murs de la ville. Venant tout droit de l’avant-poste Norresh, il portait une terrible nouvelle : des centaines de soldats avaient été vus se rassemblant le long de la frontière avec Neraka. Si leurs intentions n’avaient pas été annoncées, un si grand nombre de soldats si près de Teyr ne pouvait signifier qu’une chose : l’hiver qui commençait allait sans doute signifier l’arrivée du premier conflit armé dans la nouvelle nation de Teyr.


À la suite de cette nouvelle, les compagnons émirent l’idée d’aller en Kern pour s’en prendre aux leaders des ogres. Avec un peu de chance, cela pourrait ébranler l’alliance entre les ogres et les Nérakais et forcer ces derniers à reconsidérer une offensive militaire en Teyr. Avec beaucoup de chance, on pourrait amener les ogres à attaquer Neraka, ce qui ferait en sorte que Teyr serait sauf au moins aussi longtemps que Neraka aurait un autre front à défendre.

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Sus à Slith
Où on renverse un gouvernement

Désirant mettre fin au régime de Slith avant que le siège de Robann ne dégénère, les cinq compagnons pourchassant les aberrations venues des étoiles se mirent secrètement en route vers la capitale. S’il fut longuement question d’amener des alliés supplémentaires – ou encore Kang lui-même – avec eux, la décision finale fut de n’y aller qu’à cinq, avec Tassergal les suivant de loin du haut des airs.

Alexias infiltra la ville en se faisant passer pour un apprenti magicien et se rendit tout droit vers l’herboristerie de Thesik, suivant les conseils de Fonrar. Après s’être entretenu un long moment avec le conjoint de Thesik, Artisanthax, Alexias se fit poliment demander de partir, sous prétexte que Thesik n’acceptait pas de traiter avec des chevaliers de Neraka. Alexias se défendit d’être un Nérakais, mais Artisanthax lui demanda alors pourquoi un membre de la police secrète l’avait suivi et montait la garde devant le magasin.

Alexias put tout de même rencontrer la célèbre Aurak après une longue attente. L’entretien avec elle permit de mettre au clair plusieurs données à propos de Slith. Celui-ci passait une bonne partie de ses journées au bastion à gérer le pays, une tâche qui ne lui plaisait guère et qu’il quittait volontiers pour aller effectuer des inspections-surprises dans les bâtiments militaires. De nuit, il logeait comme avant dans son perchoir, au sommet d’une des sept tours de la muraille encerclant Teyr.

Armé de ces informations, Alexias s’en alla rejoindre ses compagnons, mais pas avant que Thesik ne fasse apparaître une illusion de lui pour leurrer l’agent des services secrets vers la mauvaise direction. Thesik annonça qu’elle s’arrangerait aussi pour que Hanra et Shanra, les deux conjointes de Slith, ne se trouvent pas dans la tour lors de la confrontation inévitable qui allait suivre.

Faisant le tour de la ville assez loin pour ne pas être repérés, les compagnons se rendirent jusqu’à l’arrière du perchoir de Slith. Azzit Kas s’envola dans la nuit pour aller en éclaireur. Avec l’aide de Kelsea Eigersonn, Azzit se débarrassa des gardes sur le mur.

Au prix de grands efforts, Kelsea grimpa la tour furtivement, esquivant le regard de gardes sur le mur, pour se rendre aux quartiers de Slith au dernier étage. L’intérieur semblait aussi vide que calme, mais Kelsea entrevit une étrange créature à l’allure grotesque pénétrer dans la pièce centrale. Attachant une corde dans l’angle mort de la tour, elle fit grimper Arkos Stormborn tandis que Jolt emmenait Cabiyari et Alexias sur le toit.

Glissant jusqu’à la plateforme devant la porte, le groupe se faufila dans les appartements de Slith. Loin d’être vide, la place grouillait de créatures hideuses: deux humanoïdes verdâtres dotés d’un immense œil hypnotiseur, un grand animal reptilien sans yeux mais au cri puissant et une sorte de poisson recouvert de tentacules. Au centre de cette ménagerie se trouvait une masse gélatineuse couverte de dizaines d’yeux, de bouches et de tentacules. Heureusement pour les compagnons, les créatures ne semblaient pas se préoccuper d’épargner leurs alliés et se blessèrent les uns les autres à plusieurs reprises. Cela permit d’en venir à bout et de pouvoir examiner les lieux plus attentivement.

Kelsea tomba vite sur la galerie de trophées de Slith et en glissa subtilement quelques-uns dans son sac magique. Parmi les objets, il y avait l’étendard avec lequel Azzit avait rallié les troupes lors de la bataille de Sanction quand Slith et Kang avaient mystérieusement disparu.

Couverte de sang et de mucus, la résidence ne montrait que peu d’indice. La seule chose qui mit la puce à l’oreille fut la présence d’un symbole des dévots de Khellendros dans la chambre à coucher de Slith. Si l’église ne faisait pas partie des groupes d’influence envoyant des agents au bastion selon les information de Fonrar, comment ce symbole se serait-il retrouver là?

Suspectant que Slith puisse être de mèche avec Herzog, le groupe d’aventuriers redescendit au bas de la tour et se se rendit discrètement jusqu’à l’église de Khellendros récemment établie près du centre de Teyr.

La porte barrée ne fut qu’une simple formalité pour Kelsea. À l’intérieur, Slith et Herzog discutaient entourés de deux sivaks difformes. Slith était en train d’expliquer qu’il pouvait conjurer quatre autres créatures pour Herzog mais que, cette fois, il devrait les conserver dans le but de se bâtir une force de frappe notable. L’aurak semblait clairement être en position d’infériorité dans l’échange.

Refusant de laisser un Slith possédé conjurer quoi que ce soit, les autres compagnons firent irruption dans la chapelle. Le général et ses gardes du corps n’hésitèrent pas à foncer dans le tas, mais Herzog tenta de se faufiler pour attaquer par derrière. Azzit s’interposa et lui fit comprendre que ce combat était trop gros pour lui. Plutôt que de se rendre, l’aurak tenta de s’enfuir à toutes jambes.

À quelques pas de là, Kelsea s’acharnait sur les gardes pendant que le reste du groupe tentait de maîtriser Slith sans trop le blesser. Quand il fut assez sonner pour se faire plaquer au sol, on lui administra un somnifère qu’Alexias avait obtenu de Thesik. Azzit et Arkos continuèrent à le tenir au sol le temps que la concoction fasse effet.

Pendant ce temps, Cabiyari avait invoqué sa zone de vignes pour retenir Herzog, mais ce dernier usa de sa magie pour se téléporter à l’extérieur du temple. Alexias le suivit et, le prêtre ne parvenant pas à le dominer, le légionnaire abattit Herzog. Comme tout aurak à l’article de la mort, il s’enflamma et chargea son adversaire. Cabiyari le scella dehors en faisant apparaître un mur de pierre et, après quelques coups de griffes, on entendit une énorme déflagration.

Celle-ci fut cependant vite suivit par une voix caverneuse remerciant les compagnons de l’avoir affranchie d’un hôte trop difficile à contrôler. Ayant pu déterminer sa prochaine cible, la voix laissa entendre qu’elle se dirigeait maintenant vers le sud.

Alors que le mur de pierre cédait peu à peu, on ne vit qu’un humanoïde violet couvert de chitine et de tentacules s’éloignant vers les portes de Teyr en galopant. Avant de pouvoir partir à ses trousses, le groupe entendit un gargouillis provenant de plusieurs recoins du temple. De plusieurs nuages bouillonnants aux couleurs primaires, quatre grandes créatures à l’allure de crapauds bipèdes sortaient pour répondre à l’appel antérieur de Slith.

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Comment planifier un coup d'état

Après avoir secouru Kang des geôles de Teyr, les compagnons de Robann se sont empressés, avec l’aide de sa compagne Fonrar, de l’emmener discrètement à l’extérieur de la ville. Alors que cette dernière restait dans la capitale pour ne pas éveiller les soupçons, Kang suivit ses libérateurs jusqu’à la vilel de Robann.

Impressionnés par le succès des compagnons, le groupe mené par Jenn Eigersonn et Eldred Steelbrim met de côté son plan d’invoquer des diables pour aller libérer les prisonniers de la ville. Avec l’aide de Kelsea Eigersonn, d’Alexias Mordren et du génie militaire de Kang, la libération se fait rapidement et sans effusion de sang. Seule Kara Sivert est laissée à croupir au fond de sa cellule.

Profitant du momentum ainsi acquis et de la tombée de la nuit, Azzit Kas part infiltrer le quartier général du Commandant Chaghra en compagnie de Kang. Se servant de sa ceinture magique pour neutraliser l’aurak envoyé par Slith, Azzit met Chagra au pied du mur pour le forcer à choisir son camp.

Quelques instants plus tard, Chaghra est aperçu montant sur le toit pour sonner l’alarme. Avertissant tous les soldats en ville qu’un groupe d’elfes à la solde du traître Kang se cache dans les bois à l’extérieur des murs, et laissant entendre que les dépouilles appartiendraient à quiconque les abattrait, il laisse sortir les soldats les plus enthousiastes à l’idée de chasser de l’elfe avant de faire fermer les portes de la ville. Les murs de Robann, restaurés plusieurs années auparavant par le corps teyrien des ingénieurs sous la supervision de Kang lui-même, empêche toute tentative de la part de ses ennemis de pénétrer à l’intérieur.

Les quelques soldats refusant de désobéir à la loi martiale malgré les ordres de leur commandant sont vite placés en garde à vue dans les chambres converties en cellules de l’auberge du Magnolia. La ville est dès lors prête à supporter un siège si nécessaire. Suivant l’ordre de libérer les navires arraisonnés, la seule entrée ouverte de la ville devient le port sur le Miremier.

Après un court voyage à bord du bateau d’Arkos Stormborn, Cabiyari et Azzit escortent Kang dans le Grand marais protégé par Mohrlex et en profitent pour négocier l’achat d’un groupe de wivernes appartenant aux bakalis servant le dragon noir, dans le but de former une milice d’élite dans la plus grande ville humaine de Teyr. Kang et Mohrlex discuteront ensemble de longues heures dans un entretien dont le contenu n’est connu de personne d’autre.

Après avoir ramené Kang à Robann, Cabiyari et Alexias se rendent à Kalaman sur le dos de Jolt pour renouer contact avec les agents de la Légion d’Acier, suivis par un Azzit volant de ses propres ailes. Synchronisant leurs actions pour optimiser l’utilisation du temps qui restait, Kelsea et Arkos retournèrent au centre de la mer d’Istar, là où était récemment réapparu le maelström.

Fruit de négociations avec la prêtresse Jennetta Aurrafil au temple de Shinare de Kalaman, Alexias leur envoya un message télépathique indiquant les coordonnées d’un cercle de téléportation dans la ville de Kalaman. Utilisant un parchemin magique préparé par Cabiyari, les deux pirates plongèrent sous la mer accompagnés de Samm Vardan, Jenn et de Khayr de-Aldin. Évitant les bancs de requins et l’antre du béhir, le groupe se rendit directement dans la section des ruines abritant le capitaine Skull, son équipage, de même qui celui de Khayr de-Aldin. Connaissant les lieux et le style de combat du maître des lieux, il ne fallut pas longtemps pour venir à bout du sinistre capitaine.

Utilisant un autre parchemin magique, celui-là préparé par Alexias, tous les prisonniers des ruines d’Istar furent amenés sains et saufs dans la ville de Kalaman. Les compagnons de Robann revinrent donc de leur expédition accompagnés d’une vingtaine de marins minotaures, d’autant d’agents de la Légion d’Acier et de deux fois plus de guerriers Lor-Taï recrutés par Cabiyari pour aider à patrouiller la large bande de marais bordant Robann du côté de la baie. Tout ce monde n’eut pas la moindre difficulté à revenir jusqu’à Robann par la route d’Haekel.

Tout était prêt pour faire de Robann le point de départ de la réclamation de Teyr mais, après deux semaines, la nouvelle de l’évasion de Kang était parvenue jusqu’aux oreilles du général Slith et ses agents avaient retrouvé sa trace jusqu’à Robann. Au moment où les compagnons revenaient en ville, un régiment quittait la capitale pour aller mater la rébellion naissante.

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La grande évasion
Où on infiltre une pouponnière

Après avoir abattu les gardes à l’entrée des souterrains indiqués par Fonrar comme étant l’endroit où était enfermé Kang, les compagnons de Robann trouvèrent vite l’escalier les menant encore plus creux dans les ruines naines enfouies sous la capitale de Teyr. Juste avant de descendre, un écriteau en draconique invitait tout le monde à déposer ses armes, armures, outils ou tous autres objets en acier. La désobéissance à cette règle, pouvait-on y lire, pouvait entraîner la mort.

Intrigués par cet avertissement, mais ne désirant pas se retrouver désarmés face aux gardes qui pourraient se trouver plus bas ni à ceux se risquant d’arriver par en haut maintenant que l’alerte avait été sonnée, les compagnons choisirent de garder leurs armes et armures et de poursuivre leur exploration.

Au deuxième niveau, un étroit corridor menait à un grand hall entouré d’une multitude de petites pièces antre lesquelles s’affairaient une trentaine de draconiens, baazs, kapaks et bozaks mélangés, les bras chargés d’objets divers. S’approchant discrètement, Kelsea vit qu’en plus de nourriture, d’eau et d’instruments médicaux divers, certains draconiens transportaient des paniers remplis d’œufs métalliques de la taille de melons. Il lui sembla également que les draconiens présents, sans armes ni armures, était tous des femelles. Fonrar les avait apparemment envoyés dans la pouponnière où sont gardés les œufs des futurs draconiens.

Le groupe ne put pas rester cacher indéfiniment et, éventuellement, quelques draconiennes les virent arriver. À défaut d’armes d’acier, plusieurs draconiennes s’emparèrent de bâtons de bois et intimèrent calmement mais fermement aux intrus de faire demi-tour. Azzit et Alexias tentèrent de désamorcer la situation en expliquant la raison de leur venue, mais aucune des femelles ne semblait savoir quoi que ce soit à propos de Kang. Les compagnons commencèrent à se demander si Fonrar ne les avait pas envoyés dans un piège, ou si c’était même la vraie Fonrar qui les y avait envoyés.

Alors que la tension commençait à baisser, Cabiyari remarqua que deux des baazs n’avaient pas pris d’armes et restaient en arrière à murmurer et ne semblaient pas surprise de l’arrivée d’individus armées dans la nursery. Avant que le druide ne puisse partager son observation avec le reste du groupe, une porte secrète s’ouvrit et un œuf argenté en sortit en roulant pour aller se fracasser sur la jambe d’Arkos.

La plupart des draconiennes furent prisent de panique. Criant à l’assassin, elles levèrent leurs armes et se préparèrent à foncer. La situation aurait pu dégénérer en un bain de sang, mais Azzit usa de toute son autorité pour forcer les draconiennes à reculer et à les laisser régler la situation. Seules les deux baazs suspectes foncèrent vers les compagnons et passèrent à l’attaque. Une d’elle étant capable d’étirer ses bras de plus d’un mètre pour frapper ses adversaires avec une force étonnante et l’autre alternant entre sa forme de draconienne dans laquelle elle lançait des dards empoisonnés et une forme de gélatine amorphe attaquant à coups de multiples tentacules, il apparut tout de suite évident qu’il ne s’agissait pas de draconiennes, mais bien de mimiques, des aberrations capables de reproduire parfaitement l’apparence et les pouvoirs d’objets ou de personnes. Les deux mimiques démontrèrent également leur habileté de dominer leurs adversaires pour en faire leurs esclaves. Pour couronner le tout, certains œufs avaient apparemment été remplacés par des jeunes mimiques et se mirent à attaquer les compagnons eux aussi.

Au cours du combat, les mimiques n’hésitèrent pas à frapper les kapaks qui tentaient de s’enfuir dans la confusion, profitant de leur résistance à l’acide pour blesser leurs adversaires sans être incommodées. Les aberrations furent éventuellement éliminées, mais pas sans que deux draconiennes n’aient payé de leur vie.

Une fois tout le monde remis de ses émotions, les draconiennes expliquèrent que le seul passage où quelqu’un aurait possiblement pu être amené était l’escalier menant plus bas vers hall aux statues. Cependant, les immenses statues s’y trouvant avaient la capacité de détecté la présence d’acier et s’en prenaient à quiconque pénétraient dans la pièce en possession du précieux métal.

Après avoir déposé tous ses objets d’acier dans le sac magique d’Azzit, Kelsea descendit éclairée par une torche pour découvrir un grand hall entouré de six statues de la taille d’un ogre. Deux statues de cuivre, gravement rouillées, représentaient des minotaures, une statue de pierre et une d’argile représentaient des nains et, finalement, une autre statue de pierre, celle-là avec une jambe brisée, et une statue de fer, elle aussi couverte de rouille, étaient sculptées à l’effigie d’humains. Fouillant la pièce, la voleuse vit qu’une porte secrète était camouflée derrière les deux statues du fond. Tentant de se faufiler entre les deux pour essayer de crocheter la serrure, elle effleura la statue d’argile, qui se mit aussitôt à remuer. Seule et sans armes, Kelsea se précipita vers les escaliers, mais trouva son chemin bloqué par le nain de pierre. Reconnaissant qu’il ne servait plus à rien de cacher ses armes, le reste du groupe descendit pour aller prêter main forte à leur alliée.

Résistants au dégât, les deux golems n’hésitaient pas à piétiner les intrus et se retrouvèrent bien vite à prendre le groupe entier en étau. Pendant ce temps, les autres statues s’animèrent aussi, mais la statue unijambiste bascula sur le sol avant d’avoir fait un seul pas et les sculptures couvertes de rouille avançaient d’un pas dramatiquement lent. Un souffle d’Azzit et une invocation de Cabiyari réussirent à les faire tomber toutes. Les deux statues de nains, bien que beaucoup plus coriace, finirent par éclater elles aussi en morceaux.

Une fois les débris devant elle dégagés, la porte secrète fut de nouveau accessible. Débarrée par Kelsea, elle mena vers un étroit corridor se séparant rapidement en trois. Des inscriptions en nain sur le mur ne furent d’aucune utilité, mais Arkos remarqua de fins lettres draconiques tracées en-dessous à la craie. Selon ces indication, les trois tunnels menaient aux oubliettes, à un coffre-fort et à un quatrième sous-sol encore inexploré.

Se dirigeant vers les oubliettes, là où Kang était logiquement enfermé, le groupe se retrouva face à un cul-de-sac dont le plancher s’ouvrit sous les pieds de Cabiyari et Alexias, les précipitant dans une fosse profonde remplie de dizaines de jeunes mimiques. Grimpant rapidement à la corde qu’Azzit leur tendit, les deux humains échappèrent de peu à la horde de masses gélatineuses. Le coffre-fort, deuxième choix évident pour Kelsea se trouva à être un autre piège identique. Quiconque avait écrit les traductions en draconique sur les murs l’avait vraisemblablement fait pour envoyer les intrus directement vers les pièges.

N’ayant plus qu’un passage à visiter, le groupe se trouva finalement face à de vraies oubliettes. Sur un ilot d’à peine quelques mètres carrés, de l’autre côté d’un gouffre de dix mètres de long et au moins aussi profond se trouvait le gouverneur de Teyr. Des morceaux de passerelle de bois attachés au plafond par un système de poulie permettaient en théorie de se rendre jusqu’à la cellule sans murs de Kang. Sale, émacié et confus, ce dernier commençait à distinguer les silhouettes des gens faisant irruption quand un cristal iridescent flottant au-dessus de l’abîme lui envoyant un jet de lumière au visage, l’aveuglant encore une fois.

Pour compliquer les chose, Kang n’était pas seul sur sa prison. Une créature humanoïde en armure noire et munie d’un épée montait la garde à ses côtés. À l’arrivée d’intrus, son épée s’enflamma. Marchant par-dessus le trou comme s’il n’existait pas, l’armure fonça vers les compagnons. De près, il apparut tout de suite que personne ne se trouvait dans l’armure, mais que celle-ci était remplie de flammes. À l’occasion, elles sortaient par les joints de l’armure pour brûler tous ceux qui avaient le malheur de se trouver trop près. Pendant ce temps, les deux cristaux, semblables à ceux vus périodiquement dans les régions affectées par les aberrations venues du ciel, tiraient leurs puissants rayons de lumière pour aveugler ceux qui s’aventuraient près du gouffre.

Il ne fallut heureusement qu’une minute pour venir à bout des gardiens et aller libérer Kang. Toujours aveugle et mal en point, le gouverneur tenait tout de même à ce que le groupe quitte cet endroit au plus vite avant que des soldats loyaux à Slith ne débarquent. Selon Kang, le général était clairement contrôlé par une force extérieure. Le connaissant depuis plus d’un demi-siècle, Kang ne pouvait imaginer qu’il mette en place des mesures aussi totalitaires ou qu’il fasse enfermer son meilleur ami. Quoi qu’il en soit, Kang était déterminer à éliminer la dictature militaire de Slith et à reprendre sa place en tant que dirigeant légitime de Teyr, mais il, ne bénéficiait pas d’un nombre suffisant de supporteurs dans la capitale pour mener à bien un tel coup d’état sans risquer la vie de centaines de draconiens. Les compagnons lui proposèrent alors d’aller chercher de l’aide à Kalaman pour servir de support aux fidèles de Kang.

Se faufilant hors des souterrains de Teyr pour retrouver Fonrar, Kang mena les compagnons à sa cahce personnelle d’objets magiques. Par chance, l’emplacement secret n’avait pas encore été découvert par les ennemis de Kang. Remettant quelques-uns de ses propres trésors aux compagnons, Kang sortit aussi la somme impressionnante de 36,500 pièces d’acier en pierres précieuses et en antiquité naines. Ce fond secret devait servir à l’achat de matériel et, si besoin est, à l’embauche de mercenaire pour reconquérir Teyr.

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Il n'y a pas de moment comme le présent
Plus c'est pareil, plus ça change

Au cours du combat, ceux qui se trouvaient encore en présence de leur alter ego furent tous pris d’un étrange malaise. Plus la bataille progressait, plus leurs muscles devenaient mous et faibles, au point où il commençait à être difficile de tenir son arme ou même de marcher droit. Heureusement, le second groupe semblait affligé du même mal. L’étrange sensation disparut quand, malgré la douleur ressentie à chaque coup porté à son clone, les versions moins expérimentées des compagnons périrent sous les armes de leurs jumeaux plus âgés. Tout au long de la scène, le dragon d’argent Silvara resta à l’écart sans intervenir, versant de lourdes larmes que personne ne remarqua.

Alors que les compagnons s’apprêtaient à célébrer leur victoire et à souffler un peu, ce qui s’était déjà produit arriva à nouveau. Les marins de l’équipage de Khayr de-Aldin avaient sabordé leur propre navire, et celui-ci coulait maintenant tout droit vers le maelstrom, entraînant avec lui le Nécrophore.

Forts de leur expérience de navigation entre Rigitt et l’Ergoth du Sud, Arkos et Kelsea manièrent le navire de main de maître, épaulés par les marins terrifiés qu’Azzit avait réussi à sortir de leur torpeur au fond de la cale. Cependant, malgré tous ses efforts, l’équipage ne réussit pas à faire mieux qu’à séparer les deux bateaux et à ralentir la progression du Nécrophore vers le fond du tourbillon. Lorsque le dragon Corail plongea hors de la couverture des nuages, au lieu d’agripper le navire comme elle l’avait fait lors de la dernière édition de cet événement, elle fonça droit sur Silvara, prête à l’attaquer à coups de griffes et de dents. Ce n’est que par l’intervention d’Alexias que le combat épique fut évité. Usant de toute sa diplomatie, il parvint même à convaincre les deux ennemis naturels de collaborer pour amener le navire hors de la portée du maelstrom, tandis que le bateau de Kayrn de-Aldin plongeait sous les eaux.

Corail fut bientôt rejointe par Tassergal, qui arriva la gueule pleine des restants du gryphon d’Alexias. La créature blessée n’aura finalement pas pu échapper à l’appétit vorace des deux dragons bleus.

Une fois tous les gens sur le Nécrophore hors de danger, Silvara leur fit ses adieux et, se désolant que les choses aient été réglées par un bain de sang, mais sans expliquer quel autre issue aurait été possible, activa le Dispositif à voyage dans le temps puis disparut dans un éclat de lumière irisée. Répétant le rituel employé la dernière fois, Alexias exorcisa le capitaine de-Aldin pour renvoyer le scion de Gibbeth à sa place parmi les cieux. Petit à petit, les vents de la tempête se calmèrent et le tourbillon du maelstrom se referma sur lui-même.

À Anaximène, qui avait vu la moitié du combat avant d’être assommé, on raconta que des assassins à la solde d’un mage illusionniste avaient tenté d’attaquer le navire à dos de dragon, mais avaient été repoussés avec pour seule perte Meric tombé par-dessus bord et entraîné dans le maelstrom. Cela ne le rassura qu’à moitié car il avait bien vu la Kelsea descendant du dragon abattre les Kelsea et Arkos à bord du bateau, mais la voleuse réussit à ficeler si bien son histoire qu’Anaximène finit par y croire suffisamment pour ne plus poser de questions.

Avant de partir vaquer à d’autres occupations, Corail ordonna à Tassergal de suivre Alexias et de lui obéir au doigt et à l’oeil, promettant de faire du jeune dragon la même chose qu’ils avaient faite au gryphon si jamais il arrivait malheur au fils d’Antonius.

Le retour vers Robann fut long et périlleux. Les ogres de Kern avaient clairement augmenté le nombre de tour de garde le long du Miremier, de même que les pièges magiques et mondains menaçant de percer la coque des navires passant par là.


Arrivés à Robann, les compagnons s’aperçurent que le port de la ville avait été barricadé pour empêcher quelque navire que ce soit d’y entrer… ou d’en sortir. Azzit interpela les soldats draconiens patrouillant sur les longs quais et ceux-ci ouvrirent une brèche dans les barricades pour laisser entrer le Nécrophore.

Tandis qu’Anaximène et Cabiyari restaient sur le navire pour surveiller Kayrn de-Aldin, Azzit se rendit immédiatement dans la taverne de Hiyan Lobcrow, suivi de ses autres compagnions. C’est en discutant avec lui qu’on apprit que la loi martiale avait été poussée un pas plus loin et que toutes les propriétés des non-draconiens avaient été perquisitionnées pour servir l’effort de guerr Eldred Steelbrime. L’autre grande révélation fut qu’il s’était écoulé trois mois complets depuis le dernier départ du Nécrophore, soit exactement le temps passé à l’époque de la Guerre de la lance. Pendant ces trois mois, Hiyan avait apparemment tissé des liens avec les agents de la Légion d’Acier à Teyr, mais était sans nouvelle d’eux depuis plusieurs semaines.

Le groupe fit ensuite le tour de leurs connaissances en ville. Une altercation avec des soldats draconiens ivres leur apprit que la loi interdisant aux draconiens de manger d’autres humanoïdes avait été levée. Leur meurtre était encore puni, mais rien n’interdisait plus de dévorer le corps d’un ennemi tombé au combat ou de quelqu’un abattu en cas de légitime défense.

Tomas Bombyx était prêt à prendre les armes et à aller se battre dès qu’un proche le lui demanderait. Jenn Eigersonn avait renoué avec son ancienne leader Eldred Steelbrim et leur compagnon Samm Vardan. Tous trois étaient affairés à planifier l’évasion de Martine Laschaar, jetée en prison pour avoir résisté à la saisie du Mistral. Jenn était déjà en communication avec Kara Sivert, qui partageait la cellule du capitaine Laschaar, et était sur le point de lui apporter les composantes nécessaires pour conjurer les diables capables de renverser le capitaine Chaghra.

Valantinius était prêt à quitter Robann en compagnie de sa famille et de Laurel Unfettered, que Valantinius et Lyastra hébergeaient depuis que son auberge avait été réquisitionnée par l’armée pour en faire une seconde prison. Valantinius craignait cependant d’être intercepté en tentant de fuir, comme l’avait été Micas Stoutshield lorqu’il avait essayé de quitter la ville. Le nain croupissait maintenant dans une des cellules de la nouvelle prison.

Une visite chez le maire Garath Durne ne permit encore une fois que de rencontrer son secrétaire Tomas Bolen. Pour une rare fois, celui-ci montrait ouvertement son désaccord avec les décision et le manque de colonne de son supérieur.

Le tour de Robann se conclut enfin chez Chaghra, maintenant promu au rang de commandant. Le grand baaz se désolait de la tournure des événements, mais il maintint ne faire qu’obéir aux ordres de la capitale. S’il était en désaccord avec ces ordres, il ne le montrait pas. Par contre, la présence d’un aurak inconnu dans le coin du bureau de Chaghra avait peut-être pour effet de l’empêcher de dire ce qu’il pensait vraiment. À la question de savoir s’il accepterait qu’une délégation de civils se rende à la capitale pour y exposer ses doléances, il admit qu’il ne s’opposerait pas à l’idée, mais qu’il n’y participerait pas ni ne l’aiderait d’aucune façon. Avant de conclure la réunion, Chaghra laissa tomber la mauvaise nouvelle que le Nécrophore avait lui aussi été saisi par l’armée de Teyr.

Déterminés à aller au fond des choses en se rendant à la source du problème, les compagnons de Robann préparèrent leur voyage jusqu’à Teyr. Cabiyari fut prêt aussitôt, suspectant qu’une des aberrations des étoiles soit derrière la situation. Anaximème voulut se joindre à la troupe, mais on lui expliqua qu’il serait plus à sa place dans la ville humaine de Robann. Contre toute attente, Kayr de-Aldin alla se joindre aux efforts de Jenn et Eldred pour faire libérer Martine Laschaar. Ces dernières furent convaincus de laisser sept jours aux compagnons pour trouver l’origine du problème à Teyr. Sans nouvlles après ce délai, elles passeraient à l’action avec leur plan de conjuration de diables. Valantinius et Laurel furent de même convaincus de reporter leur départ de Robann, dans l’espoir qu’un changement majeur fasse en sorte qu’ils n’aient plus du tout à quitter.


Chevauchant des montures réquisitionnées par Azzit, les cinq compagnons se rendirent à Teyr pour le lendemain. Louant des chambres à l’auberge du Dragon saoûl, à l’extérieur des murs de la ville, ils apprirent que le gouverneur Kang n’avait pas été vu en ville depuis des semaines. Se rendant jusqu’au bastion situé au centre de la ville pour demander une audience avec le général Slith. Après avoir pris leurs noms, on leur demanda de repasser le lendemain matin pour se faire assigner l’heure et la date de leur rendez-vous.

Avant même le lever du Soleil, le groupe fut réveillé par l’irruption d’une draconienne bozak. Se présentant comme Fonrar, la compagne de Kang, elle implora les compagnons de ne pas retourner au bastion, car ils n’en ressortiraient vraissemblablement pas vivants. Plutôt, elle leur affirma savoir où était retenu prisonnier le gouverneur et les supplia de l’aider à le libérer.

Après une présentation détaillée des différentes factions existant à Teyr, Fonrar guida le groupe jusqu’au bâtiment dont les souterrains étaient sensés renfermer Kang. Après une tentative d’infiltration digne des plus grands espions, les cinq aventuriers atteignirent le premier sous-sol de l’endroit. Bien vite, ils tombèrent nez à nez sur un groupe de gardes draconiens, qui connurent une fin plutôt rapide.

Reprenant leur chemin avant que d’autres gardes n’arrivent, les commpagnons s’ènfoncèrent dans le labyrinthe de tunnel en quête de l’escalier menant encore plus profondément sous la ville.

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Retour vers le futur
Où on combat des paradoxes

Suivis de loin par le dragon Verglas, les marins du navire sur lequel se trouvaient les compagnons de Robann et Derek Crownguard commençaient rapidement à paniquer. Il s’en trouva même certains pour avancer qu’en jetant les passagers par-dessus bord, le dragon les laisseraient peut-être tranquilles.

Entendant cela, et soupçonnant que c’était là exactement le but du dragon, les compagnons usèrent d’un mélange de diplomacie et d’intimidation pour faire comprendre aux marins que, s’il y avait quelque chose à craindre, c’était eux et non pas le dragon.

Voyant que le capitaine reprenait le contrôle de son navire, Verglas changea de plan et passa à l’attaque. D’un souffle glacial, il tua deux des marins sur le pont. Les autres ne se firent pas priés et allèrent se cacher dans la cale. Le dragon profitait de son environnement pour se battre sans se mettre en danger, usant de son souffle de froid tout en restant à plusieurs mètres du bateau.

Après quelques souffles entre lesquels seule la moitié des combattant pouvaient atteindre le dragon, Arkos le tira sur le pont arrière, ce qui rendit le combat nettement plus facile. Pendant ce temps, en l’absence de l’équipage, le navire dérivait dangereusement vers les récifs au large de l’Ergoth du Sud. Tenant le gouvernail à deux mains, Azzit Kas manoeuvrait tant bien que mal entre les rochers que Meric tentait de repérer depuis le nid-de-pie malgré l’obscurité. À la fin, blessé grièvement, Verglas teta de prendre la fuite, mais un coup de marteau d’Arkos acheva la bête, qui coula au fond de la mer.

Grâce à Azzit et Meric, le navire put s’arrêter sans trop de dégât. Le capitaine, dont l’attitude avait changé radicalement face à ses passagers, voulut quand même attendre la lumière du jour pour s’assurer de l’état de la coque. Les compagnons et les marins allèrent donc rejoindre la berge pour y installer un camp. Alors que les marins déchargeaient le nécessaire du bateau et que les autres partaient un feu, Cabiyari était parti à la recherche de fruits frais dans les environs. Pendant qu’il se penchait pour ramasser quelque chose qui semblait commestible, il se fit encercler par trois elfes armés d’arcs. Dans un commun approximatif, il lui ordonnèerent de lever les mains et de les conduire à son groupe.

De retour sur la plage, Cabiyari vit que le groupe était entouré d’une trentaine d’autres elfes, tenant chacun un arc ou une lame. Souhaitant désamorcer la situation, Meric s’avança vers celui qui semblai être le chef des elfes mais, avant d’avoir pu prononcer un mot, le kender se retrouva assommé d’un coup de pommeau derrière la tempe.

Une elfe du nom de Silvart, clairement une Kaganesti vu ses cheveux encrassés et ses vêtements en peau de bête, s’approcha craintivement de Meric et, lui appliquant des herbes et des onguents, le raviva beaucoup plus rapidement que des plantes n’auraient dû le faire. Se rappelant les Kaganestis célèbres de l’histoire, Alexias se demandait s’il ne s’agissait pas là du dragon d’argent Silvara. S’adressant à elle sous ce nom, elle rougit et se reconnut, mais nia tout lien avec quelque dragon que ce soit. L’intervention permis tout de même de confirmer que Silvart comprenait la langue des dragons.

Le chef, du nom d’Evarth, ordonna plus qu’il ne demanda aux compagnons de l’accompagner pour rencontrer le seigneur Quinath. Derek s’inquiétant de la possibilité que les elfes trouvent l’Orbe draconique, Kelsea le cacha ainsi que la Lance dragon brisée au plus profond d’une malle. Evarth trouva cependant Tranche-dragon. La reconnaissant comme l’artéfact elfique de Kith-Kana, il décida de la confisquer pour la remettre à son seigneur. Il s’en fallu de peu qu’Alexias ne lui saute dessus, mais il fut quand même décidé de suivre le commandant jusqu’à son supérieur.

Après une longue marche, Derek, Silvart et les compagnons arrivèrent à la ville de Silvamori, une construction toute récente, entièment en bois. Dépouillés de leurs armes (sauf pour Kelsea qui garda une dague cachée dans sa botte), les compagnons furent invités à entrer rencontrer le seigneur Quinath. Il se montra plus conciliant qu’Evarth, surtout lorsqu’il confonfit Alexias et Kelsea avec le prince et la princesse de Qualinesti Gilthanas et Laurana Kanan. Il accepta de redonner Tranche-dragon aux Qualinesti, mais demanda de pouvoir la remettre lui-même au roi de l’autre nation.

Alexias et Kelsea se virent donner des quartiers dans ce qui faisait office de palais, mais Arkos, Azzit, Cabiyari, Meric et Derek furent caser dans une maison longue devant laquelle se tenait perpétuellement un garde elfe. Non loin de là, Silvara se glissait dans les appartements de Kelsea et faisait venir Alexias, affirmant que les serviteurs de cette partie du palais dormiraient pour un long moment après ce qu’elle avait glissé dans leurs boissons.

Ayant entendu Derek parlé d’un orbe draconique, elle se montra d’accord avec le fait qu’il ne fallait pas le laisser tomber entre les mains des elfes. Elle était prête à s’enfuir du camp des Silvanestis pour aider les compagnons à l’apporter jusqu’aux chevaliers de Solamie. Les deux humains questionnèrent longuement ses allégeances, mais finirent par accepter de lui faire confiance.

Pendant ce temps, ceux qui étaient à toutes fins pratiques retenus prisonniers reçurent la visite d’un grand homme à la peau foncé et dont le bras droit semblait entièrement fait en argent. Ayant assommé l’elfe montant la garde devant la porte et semblant reconnaître Azzit et Meric (bien que le contraire ne soit pas vrai), il se présenta aux autres comme Theros Ironfeld, l’ancien forgeron de Solace.

S’éloignant de façon discrète, Theros, Arkos, Azzit, Cabiyari, Meric et Derek se faufilèrent jusqu’à l’orée des bois, où ils rejoignirent Alexias, Kelsea et Silvara. Contournant un groupe de gardes Silvanestis , le groupe de huit se dirigea jusqu’aux berges de Thon-Tsalarian, la rivière des morts en Kaganesti.

En réponse aux sifflements de Silvara, des elfes Kaganesti s’approchèrent à bord de deux énormes barques. S’ils n’étaient pas ravis de faire monter des humains et un minotaure à bord de leurs
embarcations, Theros et Silvara semblaient avoir assez d’influence sur eux pour les en convaincre.

Aidés par les elfes, les compagnons remontèrent le cours de la rivière en direction des montagnes du centre de l’île. Bien que le voyage dût prendre des heures, il ne fallut pas plus d’une trentaine de minutes pour que des bateaux de soldats Silvanestis ne remontent la rivière à
leurs trousses.

Après avoir atteint le point où les embarcations ne pouvaient plus remonter les rapides, on les abandonna pour commencer un périple à travers les montagnes. Cependant, craignant d‘antagoniser leurs cousins Silvanesti, les Kaganesti refusèrent d’aider les fugitifs davantage.

Le groupe repris sa marche ardue, aidé par la magie druidique de Cabiyari, mais il semblait que les poursuivants rattrapaient toujours leur retard. Derek devant absolument emmener l’orbe draconique à Sancrist, surtout selon l’avis d’Alexias, il fut décidé de séparer le groupe en deux. Le chevalier de la rose partirait seul vers la rive nord pendant que les autres laisseraient des traces juste assez visibles pour induire ceux qui les poursuivaient en erreur. Kelsea le suivit pendant un moment pour couvrir ses traces, elle lui souhaita bonne chance puis alla rejoindre ses amis.

Voulant attirer les Silvanestis tout en les ralentissant le plus possible, Arkos, Azzit et Meric provoquèrent un éboulement dans un col rocheux. Suivant les pas de Silvara, tout le monde arriva dans une vallée remplie d’un épais brouillard. Errant précautionneusement pour voir là où ils mettaient les pieds, les compagnons tombèrent nez à nez avec d’immenses statues de pierre, représentant Nemeredes, Tomas Bombyx, Jenn Eigersonn, Brin Carwell, Hiyan Lobcrow et Tasslehoff Tagalong. Aux dires de Silvara, les gens entrant dans la vallée avec des intentions mauvaises étaient sensés voir les statues de leurs pires ennemis, qui les attaqueraient aussitôt. Mais les autres y verraient leurs alliés, qui qu’ils soient.

Pénétrant sous une montagne sur la façade de laquelle était sculpté un immense dragon, les compagnons pénétrèrent dans une tombe, que Silvara identifia comme étant celle du légendaire Huma Dragonbane. La tombe ne contenait que quelques candélabres éteints et une bière vide. Dand un coin de la pièce se trouvait un genre de puis duquel Silvara avertit de se tenir éloigné. Elle alla se recueillir près d’un bol à offrande contenant quelques poignées de pétales de rose encore fraîches tandis que les autres tentaient de déterminer quoi faire pour la suite.

La kaganesti se tourna alors vers les compagnons et, tenant un paquet de pétales à la main, lança sur eux un sortilège de sommeil. Tous succombèrent sauf Meric et Cabiyari. Le druide prit sa forme de gorille pour charger Silvara, mais cette dernière commençait déjà à réciter une autre incantation et Meric poussa Cabiyari droit dans le puits.

Un courant d’air transporta Cabiyari à travers des tuyaux jusqu’à l’amener dans une pièce beaucoup plus élevée aux murs recouverts de mosaïques représentant des dragons chromatiques luttant contre leurs cousins métalliques. À cet endroit, il fit la rencontre d’un vieux mage sénile en robes couleur souris du nom de Fizban. À la mention de Silvara et de l’orbe draconique, le vieillard eut soudain un éclair de lucidité et ramena Cabiyari (toujours en forme de singe) avec lui dans la chambre funéraire par un autre tuyau.

Sermonnant Silvara, Fizban la força à prendre la décision qu’elle tentait de reporter à plus tard. Sous la lumière du khopesh d’Azzit, elle révéla sa véritable forme : celle d’un dragon d’argent de plus de cinq mètres de haut. Elle montra de suite à Theros Ironfeld comment forger des lances dragon et celui-ci s’empressa de tester sa nouvelle habileté en réparant celle trouvée sous le château du Mur de glace.

Demandant à Meric de sortir le Dispositif à voyage dans le temps, Fizban invita ensuite Silvara à ramener tout le monde dans son époque. Devant l’hésitation de certains, le mage leur montra ce qui risquait d’arriver s’ils persistaient à demeurer dans le passé : un monde conquit par les forces de Takhisis, puis ravagé par le passage de l’avatar du Chaos. Après cette vision, seul Meric souhaitait encore rester : déterminé à empêcher la destruction de Kendermore par le dragon rouge Malys quelques décennies plus tard. Fizban le prit à part et affirma qu’il saurait le convaincre. Sachant qu’il quitterait cette époque, Azzit rejeta enfin l’apparence de Sturm Brightblade pour reprendre la sienne.

Prenant le dispositif à voyage dans le temps entre ses griffes et intimant aux autres de grimper sur son dos, Silvara récita la comptine activant l’artéfact et transporta tout le monde au-dessus de la Mer d’Istar, quelques minutes avant le naufrage du Nécrophore et du navire de Khayr de-Aldin. Devant empêcher leurs alter ego d’effectuer le voyage vers le passé et ne pouvant cohabiter dans le même monde qu’eux sans provoquer de catastrophe temporelle, les compagnons sautèrent en bas du dos du dragon et chargèrent les anciennes versions d’eux-mêmes, qui ne comprenaient rien à ce qui se passait. Bien qu’aidés de Meric, d’Anaximène et du griffon d’Alexias, les anciens héros ne firent pas le poids contre les versions d’eux-mêmes riches des trésors et de l’expérience amassés pendant les mois passés à l’époque de la Guerre de la Lance. Le pont du bateau fut bientôt couvert des corps inanimés de ceux qui s’étaient eux-mêmes assassinés.

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L'assaut du palais des glaces
Où on prend part à une bataille historique

Toujours coincés dans le cauchemar de Silvanesti, les compagnons de Robann peinaient à suivre les traces d’Alhana Starbreeze et ce ceux qui l’accompagnaient, le demi-elfe roux barbu, le mage à la peau métallique, dont les robes étaient désormais noires, et une guerrière au sourire en coin portant la même armure que celle qui avait voulu assassiner Kelsea dans l’attaque de Tarsis.

Après la mort Arkos et Merric, ce fut au tour d’Azzit de disparaître subitement alors même qu’il n’était que quelques mètres derrière ses compagnons. Alors qu’Alexias, Kelsea et Cabiyari tentaient en vain de retrouver sa trace, ils atteignirent une immense tour dépassant la canopée des arbres, que la carte magique de Kelsea identifia comme étant la Tour des Étoiles, palais du dirigeant de Silvanesti.

Avant même d’avoir pu mettre un pied dans la tour, les trois compagnons virent leur chemin bloqué par une Alhana Starbreeze particulièrement émaciée, qu’Alexias identifia comme une elfe morte-vivante, accompagnée de version zombies des trois aventuriers qui l’accompagnaient. Blâmant les trois survivants devant elle pour la désacralisation de la forêt de Silvanesti, elle ordonna à ses laquais d’attaquer avant de foncer elle-même, jointe rapidement par tous les lierres et les ronces des environs.

Le combat semblait perdu d’avance, mais les trois compagnons étaient décidés à vendre chèrement leur peau. C’est alors qu’un éclair éblouissant tomba du ciel. À l’endroit où la foudre avait frappé le sol, Arkos était réapparu. Plus grand et plus impressionnant qu’avant, son corps était parcouru d’arcs électriques. Plutôt que de se déplacer sur le champs de bataille, le minotaure semblait se dissocier en poussières et en nuages pour se reformer à son point d’arrivée. Avec son aide, les compagnons réussirent à venir à bout des morts-vivants et des plantes meurtrières.

Questionné dès que le climat y fut propice, Arkos expliqua qu’il avait compris que tous se trouvaient présentement dans un rêve. Le cauchemar de quelqu’un d’autre, mais un rêve quand même. Par conséquent, quelqu’un avec assez de volonté devait être en mesure de contrôler le rêve. Ses amis tentèrent de l’imiter, mais sans grand succès. Quoi qu’il en soit, tous s’entendirent pour dire que le chemin hors de la forêt passait par le réveil du roi elfe Lorac Caladon à la source du cauchemar.

Pénétrant dans la Tour des Étoiles, les compagnons furent vite étouffés par une forte odeur de chlore emplissant tout le bâtiment. À travers des nuages de gaz empoisonné, ils virent les quatre autres aventuriers, toujours bien vivants et avançant très prudemment. Au détour d’un chemin, la guerrière en armure bleu se fit attaquer par une nuée d’ombres. Criant son nom – Kitiara – le demi-elfe sortit son épée pour aller lui venir en aide quand Kelsea fut à son tour encerclée d’ombres. L’appelant Laurana, il fit demi-tour pour aller aider celle qu’il prenait pour une elfe. Un cri de détresse de Kitiara lui fit changer de côté, mais il était trop tard. Les ombres l’engloutirent et il ne resta plus rien d’elle. Quant à Kelsea, une des silhouettes d’ombre parvint à s’emparer de la gemme contenant son âme et à la briser en morceaux. Quand les ombres se dispersèrent sous l’assaut d’Arkos, Alexias et Cabiyari, il ne restait plus rien de Kelsea.

Rendu fou de rage par son impuissance, le demi-elfe, qui s’avérait être nul autre que Tanis Demi-elfe, fonça aux trousses d’Alhana Starbreeze, accompagné du mage noir, qu’Alexias identifia comme Raistlin Majere, plus grand et plus musclé que lorsqu’on l’avait vu avec les robes rouges quelques temps plus tôt. Dans la pièce suivant, visiblement la salle du trône, se trouvait un immense dragon vert, plus grand que tous les dragons jamais vu par les compagnons à l’exception de Mohrlex. Crachant son souffle empoisonné, il envoya au plancher tous ceux se trouvant devant lui, à l’exception du mage, qui semblait protégé par magie. Usant de ses pouvoirs draconiques, il força Alexias à attaquer Cabiyari, qui fut décapité d’un coup de lame. Essuyant un jet d’éclair de la part de Raistlin qui le blessa légèrement, le dragon s’avança en mêlée pour faucher Alexias d’un coup de griffe. Il s’apprêtait à faire la même chose avec Tanis quand Rasitlin conjura un mur de lumière qui fit disparaître tout le brouillard chloré de même que le dragon.

Au fond de la pièce, sur le trône, se trouvait un vieil elfe portant un diadème et serrant dans ses mains ce qui semblait être un Orbe draconique. Raistlin le saisit à l’aide d’un mouchoir puis, l’orbe rétrécissant comme par magie, le glissa dans sa bourse. Incapable de s’expliquer la présence d’un minotaure au milieu de leurs amis, Rasitlin et Tanis questionnèrent Arkos quelque peu pendant qu’Alhana préparait les rites funéraires pour son père. Exaspéré, Raisltin finit par ordonner à Arkos de se réveiller et, claquant des doigts, c’est ce qui arriva.


Arkos, Alexias, Cabiyari, Kelsea, Azzit et Merric se réveillèrent tous dans leurs tentes au milieu du village du peuple des glaces. Sans la moindre blessure, mais aussi épuisés et courbaturés que s’ils avaient réellement combattu toute la nuit. Si Merric était plus qu’enthousiaste à parler de son expérience, les autres étaient plutôt du genre à vouloir mettre cet épisode aussi horrible qu’incompréhensible derrière eux. À peine remis de leurs émotions, les membres du groupe furent dérangés par Raggart le Jeune, qui leur annonça que le chef Harald Haakan avait convoqué un conseil de guerre pour le matin.

Étaient également présents au conseil le chamane Raggart l’Ancien, Derek Crownguard, Brian Donner, Aran Tallbow et plusieurs des meilleures guerriers d’Harald. La nuit ayant porté conseil, et Raggart ayant insisté à propos du fait que les dieux étaient bien revenus, Harald était disposé à entendre les arguments de ses invités encore une fois. Il était bien d’accord avec l’idée de se débarrasser de Feal-Thas, en espérant qu’un remplaçant ne soit pas envoyé de sitôt, mais les troupes de l’elfe noir, composées majoritairement de thanoïs et de draconiens, surpassaient en nombre celles d’Harald par près du double, et ce sans compter les meutes de loups blancs de Feal-Thas ni le dragon blanc Verglas, capable à lui seul d’éliminer une petite tribu.

Pendant le conseil, Alexias se remémora un poème épique relatant l’attaque de héros de la Lance sur la forteresse de Feal-Thas, qu’il murmura à ses amis. Mentionnant la présence de tunnels secrets sous le château, l’ode annonçait aussi la mort imminente de Brian et Aran. Un passage attirant l’attention de Cabiyari alors qu’il regardait du coin de l’œil Merric se servir de lentilles de cristal pour amuser les enfants en créant des arc-en-ciels ou en faisant fondre la glace, le druide proposa à tout hasard de faire fondre les murs de glace entourant les fondations du château. Raggart l’Ancien aima tout de suite l’idée, mais Derek la tourna en ridicule avant de sortir en furie accompagné de ses deux acolytes. Après un moment de silence inconfortable, Harald affirma qu’il aimait bien l’idée aussi, en partie dû au fait que Derek ne l’aimait pas et en partie à cause d’une preuve qu’il avait eue du retour des dieux. Pendant la nuit, Raggart et son petit-fils avaient réussi à sculpter et à enchanter une Frost Reaver, une hache magique dont aucun exemplaire n’avait été fabriqué depuis le Cataclysme.

Comme il était de coutume avant un combat important, Raggart l’Ancien avait eu comme consigne de remettre la hache à celui qu’elle choisirait. Les meilleurs guerriers de la Tribu et Harald invita les compagnons à se mettre en rang avec eux. Cabiyari déclina l’invitation mais Kelsea, Arkos, Azzit et Alexias se placèrent au bout de la file. Après deux allers-retours, Raggart revint directement vers Alexias et lui remis la frostreaver.

La cérémonie fut interrompue par un garde entrant en panique dans la tente, affirmant que le dragon Verglas s’en venait droit sur le camp. Tout le monde se prépara à défendre le village contre le montre, même si la peur draconique fit paniquer près de la moitié des guerriers, mais le dragon passa si haut qu’il restait hors de portée des arcs et des javelots. Étonnamment, le dragon ne fit que survoler le village et poursuivit sa route vers le nord-est. Le passage du dragon fut interprété comme un présage des dieux. S’il s’en allait au nord, c’est qu’il avait abandonné le palais du Mur de glace. Une menace importante éliminée, Harald ordonna de préparer les barques et de mettre le cap vers le château.

En cours de route, Derek finit par accepter de suivre le plan. Même s’il lui déplaisait de pénétrer dans le château comme un voleur et un assassin, il sut reconnaître que c’était sa meilleure chance de vaincre Feal-Thas et de mettre la main sur l’orbe draconique. Arrivé à une centaine de mètres des murs du château, Harald fit arrêter les barques. Quelques pas de plus et tous risqueraient de finir criblés des flèches des draconiens. Malgré des avertissements, Raggart l’Ancien fit plusieurs pas en avant, sortant son médaillon d’Habakkuk et demandant à Cabiyari de l’accompagner. Les draconiens se mirent à tirer mais, que se soit à cause de la distance, de la malchance ou d’une intervention divine, aucune des flèches n’atteint son but. Raggart leva les mains au ciel en prière et un jet de lumière surgit d’entre les nuages pour frapper la muraille. Ayant épuisé tous ses pouvoirs de lumière, Cabiyari offrit une brève prière à Zivilyn et le rayon de lumière doubla en intensité, faisant fondre la base d’un pan de mur. Le parapet situé au-dessus s’effondra, entraînant une vingtaine de thanoïs dans les décombres et autant de draconiens, dont la mort généra assez d’acide pour achever les hommes-morses.

Profitant du momentum, Harald ordonna à ses hommes de charger. Pendant ce temps, les compagnons de Robann et les chevaliers de Solamnie, à l’exception d’Azzit qui resta derrière pour mener l’assaut sur le château, s’enfoncèrent dans les souterrain à la recherche de l’orbe. Éliminant quelques thanoïs et draconiens en cours de route, ils arrivèrent éventuellement dans une grande salle remplies de loups blancs derrière lesquels se dressait un vieil elfe en armure blanche. Indiquant qu’on lui avait dit de laisser les solamniques entrer pour chercher l’orbe mais qu’on n’avait jamais spécifié de les laisser en vie, il donna l’ordre à ses loups d’attaquer.

En l’absence d’Azzit, il fut difficile pour les compagnons de pousser leurs limites au-delà de leur niveau habituel, mais les encouragements de Merric vinrent pallier à ce manque. Les loups blancs se montrèrent féroce et leur souffle gelait ses victime. Blessé, Feal-Thas prit lui aussi la forme d’un loup blanc pour aller se battre au corps-à-corps. Malgré tous les efforts pour changer le cours de l’histoire, Aran tomba sous les crocs de Feal-Thas et Brian subit rapidement le même sort. Le mage fut finalement abattu par la frostreaver d’Alexias, mais même la magie de Merric ne put rien faire pour les deux pauvres solamniques.

Après avoir payé ses respects à ses camarades, Derek se mit à la recherche de l’orbe draconique avant que d’autres ennemis ne se présentent. Les autres compagnons firent de même et trouvèrent les appartements de Feal-Thas, où il gardait un livre de sorts d’une valeur de plusieurs milliers de pièces d’acier, de même qu’un miroir en valant presque autant mais trop gros pour être ramené, au grand dam de Kelsea. Il y avait également dans ses appartement, conformément aux légendes de Raggart le Jeune, une fontaine capable de guérir toutes les plaies et toutes les blessures.

Dans une autre pièce se trouvait, figé dans un mur de glace, un grand dragon aux écailles argentées chevauché d’un cavalier en armure de solamnique. Derek maudit le nom de ce chevalier, affirmant que seul le pire des traitres pourrait choisir de s’allier avec un dragon. Personne dans la salle ne s’avisa de lui mentionner l’existence de dragons bons, se disant qu’il n’en croirait rien de toute façon. Grimpant sur le dessus du panneau de glace, Kelsea vit que le buste du chevalier momifié, de même que la lance qu’il tenait entre les mains, n’étaient pas pris dans la glace. Tendant la main vers la lance, Kelsea vit les doigts du chevaliers s’ouvrir, relâchant leur prise sur l’arme.

Pendant ce temps, Derek avait poursuivi son chemin jusqu’à l’antre de Verglas. Au beau milieu, sur un piédestal, se trouvait un autre orbe draconique. Le contemplant, comme hypnotisé, Derek finit par sortir de sa trance et enfourna le globe dans son sac.

Le combat n’était pas encore gagné. Pendant presque une heure, les compagnons combattirent le reste des troupes de Feal-Thas. À la fin, plusieurs dizaines de barbares avaient péri, mais il ne restait plus un thanoï ni aucun draconien. Seuls les loups blancs avaient choisi de fuir.

De retour au camp d’Harald, tous purent panser leurs blessures, se reposer et festoyer. Après un jour de repos bien mérité, alors que Meric faisait l’inventaire de ses sacs particulièrement remplis depuis leur visite dans les appartements de Feal-Thas, Cabiyari reconnut un objet qu’il avait vu dans un livre de la grande bibliothèque de Palanthas comme étant le Dispositif à voyage dans le temps. Sentant qu’ils tenaient là le moyen de rentrer à leur époque, mais ne sachant pas exactement comment activer le dispositif, ils choisirent d’accompagner Derek jusqu’en Solamnie, possiblement jusqu’à Palantahas.

Le lendemain, Derek, Azzit, Arkos, Alexias, Kelsea, Cabiyari et Merric reprirent la route vers le nord, avec les corps de Brian et d’Aran dans le sac magique de Kelsea. À Rigitt, ils purent acheter les services d’un navire marchand qui les mènerait en Solamnie. Cependant, alors que le bateau contournait l’île d’Ergoth du Sud pendant la nuit, la peur draconique se fit sentir par tout l’équipage. Surgissant des ténèbres, le dragon blanc Verglas plongeait tout droit sur eux.

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